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    Per Internet Unum: la fin des nations

    Jacques Dufresne
    Per Internet Unum: la fin des nations, chapitre dix de Après l'homme...le cyborg

    Résumé du livre

    Le déclin de la contemplation, de la connaissance immédiate, fusionnelle, la rupture progressive des liens avec le réel (par la passion du choix, par les mots sans amarre, flottants, par les rapports humains en désarroi,) la montée consécutive du formalisme, le mépris des lois de la nature, du principe de clôture en particulier, (personne exposée, famille branchée, école éclatée, religion envahie par les médias, nation sans frontières ) tous ces facteurs convergent vers le rêve d'un paradis sur terre, au prix d'une désincarnation totale.

     

    De tous les ensembles entourant les individus dans le monde moderne, l'État-nation semble bien être celui qui a le mieux résisté à l'érosion générale. S'il y eut médiatisation de la famille plutôt que domestication des médias, c'est l'inverse qui semble s'être passé dans le cas de l'État-nation. La nationalisation des médias a été une réussite au moins partielle. L'usage que les nazis firent de la radio indiquerait même que les nouveaux médias étaient d'abord desti­nés à renforcer le sentiment national. C'est l'une des thèses de McLuhan.


    Quiconque passait d'un pays d'Europe à un autre, jusqu'à tout récemment, ne pouvait qu'être frappé par le fait que tout était encore national dans les communications : elles s'appelaient Radio-France, British Broadcasting Corporation, Deutsche Welle. La nation donnait jusqu'à son nom aux grandes institutions de communication dont elle assurait le contrôle. Les couleurs nationales étaient tout aussi visibles dans les kiosques à journaux. Au Canada, le pourcentage du contenu des médias qui doit être national est même déterminé par des lois. Ce qui n'a pas empêché les Canadiens de langue anglaise d'adopter la télévision américaine, en raison de leur situation géo­graphique aux frontières du grand pays, patrie des médias, dont ils partagent la langue. Les langues nationales sont l'un des facteurs qui explique pourquoi les États-nations ont résisté à l'érosion. Dans la partie francophone du Canada, la télévision américaine n'a guère plus pénétré que dans les pays européens.

    Au cours des dernières décennies, on a pu noter à divers signes que les membranes entourant les États-nations devenaient de plus en plus poreuses. Par exemple, les kiosques à journaux offrant des publications du monde entier se sont multipliés dans les grandes villes. La croissance des échanges commerciaux, de même que celle du tourisme à l'échelle de la planète, rendait inévitable l'interna­tionalisation des médias.

    Le climat de la mondialisation avait déjà été créé - notamment par le cinéma et la musique populaire américaine servis par la libé­ralisation des marchés, laquelle remplissait ainsi sa mission idéo­logique et politique, qui a pour effet de détruire les clôtures entou­rant l'individu sous toutes leurs formes et à quelque niveau qu'elles se trouvent. Les techniques de mise en marché n'atteignent leur pleine efficacité que lorsque les clôtures faisant barrage à la publi­cité disparaissent après les barrages tarifaires.

    Toutes les nations ne tirent pas un égal profit de cette mon­dialisation. L'internationalisme, quelque nom qu'on lui donne, sert toujours les intérêts de l'empire du moment. Dans l'Antiquité gréco-romaine, le lieu d'appartenance fut d'abord la cité, et l'équivalent du nationalisme actuel s'appelait le civisme. Si Alexandre put créer si facilement le noyau grec de son Empire, c'est parce que la cité était déjà en voie de désintégration à ce moment. C'est alors que l'équivalent antique de notre mondialisation, le cosmopolitisme (de cosmos, monde et polis, cité) est apparu, invitant les citoyens à l'an­cienne à rompre leur attachement à la cité pour devenir citoyens du monde. Les Romains ont parfaitement compris le profit qu'ils pouvaient tirer d'une telle invitation. Ils eurent même le génie d'adopter comme doctrine officielle une philosophie, le stoïcisme, d'ailleurs très belle et réellement universelle, qui fait de l'apparte­nance au cosmos et de l'acceptation de ses lois, la principale carac­téristique de la condition humaine.

    Quand sont attaquées la cité ou la nation, il faut chercher l'em­pire qui fait l'assaut! Quand les Français ont été au sommet de leur impérialisme, au tournant du XlXe siècle, ils se sont empressés de présenter leur pays comme la patrie de l'homme, du citoyen, du monde. C'est ainsi qu'ils ont réussi, dans une certaine mesure, à créer l'illusion que les guerres napoléoniennes furent des guerres de libération pour les pays qu'elles incorporaient à l'Empire. Quant à l'Empire soviétique, son hostilité à l'égard des nations y a pris les proportions du génocide. Est-il nécessaire de nommer le pays qui, en ce moment, a le plus intérêt à se présenter comme le pacifica­teur du monde et l'ennemi des nations?
    C'est, dira-t-on, un malheur bien doux que d'être intégré à l'Empire américain, si doux que les Canadiens, qui occupent le pre­mier rang dans cette intégration, passent pour les êtres les plus choyés de la planète. Ce n'est pas une raison pour fermer les yeux. Cet empire dispose déjà des moyens techniques lui permettant d'avoir à la fois le monopole de la propagande sur la planète et de pratiquer toutes les formes imaginables de contrôle génétique.

    La France : entre Hugo et Chateaubriand

    L'affaiblissement des nations n'est donc pas une chose qu'il faut prendre à la légère. Les Français, hier encore cosmopolitiques, sont les premiers à s'en rendre compte. Ils commencent à comprendre cette pensée de l'écrivain québécois Guy Bouthillette : « Le nationa­lisme est volonté de puissance chez les peuples forts et volonté d'identité chez les peuples faibles ». Ayant compris et senti qu'ils font désormais partie des peuples faibles, ils répugnent désormais à appliquer à leur population d'immigrants la philosophie univer­selle des droits de l'homme, qu'ils ont eux-mêmes proclamée alors qu'ils étaient au sommet de leur force.

    Voici comment, au moment où la France était au sommet de son cosmopolitisme, le poète national, Victor Hugo, voyait l'avenir. Le progrès est symbolisé ici par un navire.

    Où va-t-il ce navire? Il va, de jour vêtu,
    À l'avenir divin et pur, à la vertu,
    À la science qu'on voit luire, à la mort des fléaux,
    À l'oubli généreux, à l'abondance, au calme, au rire,
    À l'homme heureux; il va ce glorieux navire,
    Au droit, à la raison, à la fraternité...


    Le navire du progrès devient ensuite un prodigieux moyen de communication.


    Il porte l'homme à l'homme et l'esprit à l'esprit.

    Et ainsi apparaît la cité virtuelle. La nef magique a supprimé les patries.

    Faisant à l'homme avec le ciel une cité,
    Une pensée avec toute l'immensité,
    Elle abolit les vieilles règles;
    Elle abaisse les monts, elle annule les tours;
    Splendide, elle introduit les peuples, marchands lourds,
    Dans la communion des aigles.


    Jadis, les Français adhéraient avec ferveur à cet optimisme huma­nitaire de Victor Hugo. Leur adhésion est de plus en plus réservée. Qu'ils l'avouent ou non, les mêmes Français se demandent mainte­nant si le moment n'est pas venu pour eux de donner raison au juge­ment de Chateaubriand sur la « société universelle » :

    La folie du moment est d'arriver à l'unité des peuples et de ne faire qu'un seul Homme de l'espèce entière, soit; mais [...] parmi tous ces êtres blancs, jaunes, noirs, réputés vos compatriotes, vous ne pourriez vous jeter au cou d'un frère. [...] Quelle serait une société universelle qui n'aurait point de pays particulier, qui ne serait ni française, ni anglaise [...] ni chinoise, ni américaine, ou plutôt qui serait à la fois toutes ces sociétés? Qu'en résul­terait-il pour ses mœurs, ses sciences, ses arts, sa poésie? Comment s'ex­primeraient des passions ressenties à la fois à la manière des différents peuples dans les différents climats? 75.


    Le pays le plus clôturé du monde, la Suisse, commence aussi à s'inquiéter des menées impérialistes américaines. En fait foi le réfé­rendum sur les manipulations génétiques qui s'est tenu en juin 1998 dans ce pays. Les instigateurs de ce référendum, qui demandaient l'interdiction de toutes les formes de clonage, visaient aussi bien les multinationales suisses du secteur pharmaceutique que les leaders américains dans ce domaine. Mais en profondeur, il s'agissait pour une nation européenne, qui a toujours défendu farouchement son autonomie et qui a pu observer de près les horreurs de l'eugénisme, de marquer son opposition à une jeune Amérique enivrée d'innova­tions technologiques dont les applications sont de plus en plus trou­blantes. Il y a eu 33% de votes favorables à l'interdiction; dans les principales villes germaniques, Zurich, Berne, ces votes ont dépassé 40%. Si on tient compte du fait que le gouvernement suisse et les grandes compagnies étaient en faveur du clonage et qu'ils en avaient fait la propagande, ces pourcentages sont hautement significatifs.

    Dans un ouvrage qui vient de paraître à Lausanne sous le tire de L'Amérique totalitaire, Michel Bugnon-Mordant passe en revue les événements et les institutions qui ont récemment servi la cause de l'impérialisme américain, depuis la chute du mur de Berlin jusqu'à la création du réseau Internet, en passant par le Fonds monétaire international.
    Le monopole dans le domaine des réseaux - Internet est appelé à remplir une fonction essentielle dans le processus général de domination par la communication - comme dans ceux du cinéma, de la télévision, des logi­ciels, des bureaux de communication et de l'information, est le but ultime des manœuvres américaines. 76

    Le Janus américain

    Impérialisme doux, disions-nous à propos de l'actuelle domina­tion américaine. Nous verrons que le soft power fait partie des objec­tifs officiels des USA, une nouvelle politique internationale au sein de laquelle les NTIC(Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication), et Internet plus particulièrement, occupent une place centrale. Pour bien comprendre cette nouvelle politique, il est essentiel de prendre en compte l'histoire des NTIC et d'Internet, et d'abord de nous familiariser avec les deux faces de la politique exté­rieure américaine : la face moralisatrice et la face militaro-industrielle, la face utopique (jusqu'au délire) et la face pragmatique (jus­qu'au cynisme).

    Voici en résumé ce qu'en pense Thomas Molnar, l'un des plus fins analystes de la tradition politique américaine :

    L'Amérique est la maîtresse d'école de l'humanité, soit par sa puissance qui transforme le monde matériellement, soit par ses leçons de morale. Une grande puissance normale, comme il y en eut beaucoup dans le passé, ne cache ni à elle-même, ni aux autres, les moyens permettant d'acquérir la puis­sance et de la conserver : la guerre, l'âpreté dans les échanges commerciaux, etc. Dans le cas des États-Unis la puissance se cache toujours hypocritement derrière des mobiles vertueux. Les Américains ne veulent jamais la guerre. Ils s'estiment nés pour apporter la paix au monde, une paix définitive. Ce qui ne les empêche nullement de savoir tirer profit des guerres qu'ils livrent. La bonne Amérique est inséparable de la méchante; ensemble, ces deux visages de Janus font un article d'exportation irrésistible pour les clients1.


    Dans l'histoire du réseau Internet, ces deux visages sont à la fois omniprésents et faciles à reconnaître. II suffit pour s'en convaincre de lire l'article que signent Joseph S. Nye et William A. Owens, dans le numéro de mars/avril 1997 de la revue Foreign Affairs, sous le titre de « America's Information Edge ». Le premier, ancien président du National Intelligence Council et ancien secrétaire adjoint à la Défense pour les affaires internationales dans l'administration Clinton, est maintenant le doyen de la John F. Kennedy School of Government, à l'Université Harvard. L'amiral William A. Owens est l'ancien vice-président des Joint Chiefs of Staff, dans l'administra­tion Clinton.

    Pendant la guerre froide, aucun responsable militaire américain n'aurait osé affirmer sereinement la supériorité des armes de son pays. Or, Nye et Owens le font le plus naturellement du monde. Citons-les : « La disparité entre les États-Unis et leurs adversaires est marquée. Les investissements des États-Unis dans l'ISR (« Intelligence collection, Surveillance and Reconnaissance ») sont plus élevés que ceux de l'ensemble des autres pays du monde, et l'Amérique jouit d'une avance considérable compte tenu du C-41 (technologies de « Command, Control, Communications et Computer Processing ») et de sa force de précision ».

    À noter qu'on dit désormais « force de précision » plutôt que « force de frappe », la plus étonnante précision étant rendue possible par les nouveaux moyens de communication. L'acronyme ISR désigne l'ensemble des renseignements que les espions, les satellites et les avions de reconnaissance font converger vers les mêmes ordina­teurs. Regroupés, le ISR et le C-41 forment le système des systèmes, que Nye et Owens proposent d'appeler « le parapluie information­nel», lequel remplace désormais le parapluie atomique de naguère.

    Le Soft Power

    La propagande fait partie des stratégies militaires des grandes puissances. Et Joseph Nye le sait mieux que quiconque. Il le prouve magistralement en utilisant le terme Soft Power en lieu et place du mot propagande, dont chacun saisit fort bien les connotations néga­tives.

    Il ne parvient pas toutefois à faire durer l'illusion. Pour expri­mer ses vues, il recourt à un vocabulaire inspiré d'une psychologie plutôt mécaniste. Le « pouvoir mou, écrit-il dans Bound to Lead, consiste à tenter d'abord d'obtenir par la persuasion séductrice les résultats que l'on pourrait aussi atteindre par la force. Il s'agit d'ame­ner les autres à adhérer à des normes et des institutions qui inci­tent ou induisent au comportement désiré. Le pouvoir mou peut prendre appui sur la capacité d'établir l'agenda (set the agenda) de manière à façonner les préférences des autres ».

    La traduction littérale de l'expression anglaise « agenda setting » est l'établissement de l'ordre du jour des affaires publiques. Il s'agit d'un processus complexe par lequel les responsables des médias, les autorités politiques et le pouvoir militaire se concertent afin que l'on puisse, à un moment déterminé, plus ou moins étalé dans le temps selon les cas, focaliser l'opinion publique sur un événement, problème ou thème particulier.

    Dans Guerre dans le cyberespace2', Jean Guisnel raconte com­ment, il y a quelques années, la compagnie Boeing aurait très habi­lement investi sur Internet les groupes de discussion sur l'aviation, dans le but de discréditer la compagnie rivale Air Bus et ses pro­duits. Il s'agirait, selon l'auteur, de la première grande campagne de désinformation par le biais d'Internet. On peut effectivement enclen­cher et entretenir un débat mondial sur une question en utilisant les groupes de discussion.

    Les grandes puissances, comme les États-Unis ou le Japon, dis­posent en ce moment de moyens extrêmement puissants pour agir sur l'ordre du jour des affaires publiques. C'est l'une des activités principales de la NSA (National Security Agency) qui compte 40 000 employés. Le Japon, quant à lui, s'est spécialisé dans le renseigne­ment sur l'économie 79.
    Joseph Nye et W. Owens se montrent très optimistes quand ils font l'analyse de l'usage que les États-Unis pourront faire des tech­niques de communication. « En vérité, écrivent-ils, c'est le XXe siècle qui apparaîtra un jour comme ayant été, au plus haut point, celui de la suprématie américaine. [...] La beauté de l'information comme source de puissance, c'est qu'en plus d'accroître l'efficacité des armes au sens le plus concret du terme, elle démocratise les sociétés de façon inéluctable ».
    Nous voilà au seuil de ce qui pourrait bien se révéler la plus extraordinaire entreprise de désinformation. Qu'on ne s'y trompe point, en effet. Démocratisation 80 ne signifie pas ici accès du peuple au pouvoir, mais bien plutôt rupture des liens conviviaux, des pactes sociaux et des solidarités qui constituent précisément un groupe humain comme peuple, par distinction d'une masse constituée d'in­dividus atomisés et - par là même - aisément manipulables.
    Selon Nye et Owens, ce sont les médias eux-mêmes, pour une bonne part, et non pas seulement les contenus destinés à produire ce résultat, qui contribuent à faire éclater les sociétés : « On a désor­mais la preuve que les changements technologiques et économiques sont des forces de fragmentation induisant la formation de marchés libres, plutôt que des forces répressives renforçant le pouvoir cen­tral ».
    Il y a plus de sophismes que de mots dans une pareille phrase. C'est pourquoi j'ai pris la liberté de traduire pluralizing forces par « forces de fragmentation ». Le reste de l'énoncé incite le lecteur à confondre un État-nation, centralisé comme la France, avec les dic­tatures, par définition centralisées, comme le furent l'Allemagne nazie et la Russie soviétique. Bien entendu, la conception grecque de la cité, qui repose elle-même sur l'idée que l'homme est un ani­mal naturellement social, est évacuée ici au profit de l'idée selon laquelle une société est, et doit être, une collection d'individus ayant des droits protégés par un État.

    En termes plus directs et plus clairs, le message de Nye et Owens est le suivant : les nouvelles techniques de communication sont un instrument puissant qui permettra de détruire tout ce qui, dans les cultures, recèle un ferment de vie communautaire authentique. Un homme qui se branche est un homme qui se déracine. Ce qui, en dernière analyse, ne peut que servir l'hégémonie des États-Unis.

    Ceux qui sont portés à ne considérer que la face douce de cette Amérique feraient bien de réfléchir à la face inconnue : pour la pre­mière fois dans l'histoire de l'humanité, un empire s'accroît et se consolide sans avoir à faire appel au courage de ses citoyens et de ses soldats. L'Amérique et les Américains ont souvent fait preuve de courage dans le passé, au cours des deux guerres mondiales du présent siècle, en particulier. Par leur maîtrise des techniques de pointe dans le domaine de l'armement et des communications, ils ont rendu le courage superflu. Pourquoi un pays enverrait-il sa jeu­nesse à la mort, quand il peut obtenir la victoire sans ce sacrifice?
    La guerre du Golfe contre l'Irak n'aura fait que quelques cen­taines de morts parmi les alliés, contre 100 000 peut-être chez les Irakiens. Depuis, le Pentagone s'est rapproché de son objectif de guerre parfaite, c'est-à-dire sans perte de vie du côté américain. L'intervention en Yougoslavie se solda par une seule mort : celle d'un pilote. Cette mort a suscité aux États-Unis, et par voie de consé­quence dans le reste du monde, des réactions plus vives et plus nombreuses que celle de milliers de civils bosniaques et serbes. Un soldat américain n'est plus un soldat, ni même un être humain, c'est un Immortel, un cyborg.

    Un empire qui peut ainsi vaincre sans péril pourra-t-il éviter de combattre sans raison? Quel frein le retiendra sur la pente natu­relle de l'accroissement de son propre pouvoir? Le rêve de Gygès se réalise enfin 81. Tout voir et ne pas être vu. Être partout sans y être. C'est la puissance absolue que confère en ce moment aux Américains le système des systèmes. Ainsi acquise et déployée, la domination présente en outre l'avantage d'être moins coûteuse que lorsqu'elle était assurée par des porte-avions et des engins nucléaires. Elle devient une opération économique rentable. Les technologies et le savoir-faire développés dans la sphère militaire peuvent procurer des avantages dans la sphère civile, et inverse­ment. En suscitant, par exemple, la passion des jeunes pour les jeux vidéos, la programmation et Internet, l'Amérique obtient pour ainsi dire les avantages d'un service militaire universel, permanent et parfaitement adapté à la guerre d'aujourd'hui.
    Ce sont ces aptitudes intellectuelles, et non le courage, qui sont désormais déterminantes. C'est là un changement si radical dans les règles de la guerre que l'on doit craindre qu'il ne suscite des réactions suicidaires aussi terrifiantes pour l'ensemble de l'huma­nité que peuvent l'être en ce moment les attaques américaines pour les Irakiens ou les Afghans.

    La résistance


    La résistance est nécessaire, sur le plan intellectuel d'abord. Dans l'introduction de Nationalité et modernité, Daniel Jacques rap­pelle à ce propos que si la nation demeure la forme d'association politique la plus répandue, elle a suscité bien peu de travaux de réflexion au cours des cinquante dernières années. On a parlé abon­damment de la liberté, de l'égalité, du marché, mais on a évité de parler de la nation par crainte d'être perçu comme solidaire des régimes qui, au début du siècle, ont abusé de ce concept.

    Dans la suite de son ouvrage, Daniel Jacques fait l'analyse du contexte dans lequel la nation est devenue un sujet tabou et il pré­cise les conditions dans lesquelles elle pourrait, et devrait, redeve­nir un sujet de réflexion légitime. Voici sa conclusion : « Dans les sociétés largement travaillées par une culture essentiellement indi­vidualiste, il convient de soutenir l'attachement à la nation de manière à s'assurer que le lien social et politique conserve une cohé­rence minimale 82 ».
    Sur le terrain, la résistance existe déjà. Elle doit s'organiser. Les Américains éclairés sont les premiers à le souhaiter. Ils savent très bien qu'ils sont eux aussi victimes du quasi monopole de leur pays dans les communications à l'échelle mondiale. Comment peuvent-ils avoir l'assurance d'être bien informés sur ce qui passe au Moyen-Orient ou dans les Balkans, si aucune des agences d'information contrôlées par des habitants de ces régions ne leur permet de rela­tiviser le point de vue de leurs agences nationales?

    Mais comment organiser la nécessaire résistance? Il faut avant tout éviter de tomber dans le piège de l'utopie dominante, qui consiste à présenter les NTIC comme un moyen de libérer les indi­vidus des contraintes qui leur sont imposées par la famille, l'école, la religion et la nation. Il est clair qu'ainsi déracinés les individus du monde entier, devenus atomes flottants, seront des candidats parfaits à l'esclavage dont l'Empire a besoin pour se renforcer.
    Ted Nelson, ce théoricien d'Internet à qui l'on doit le mot « hyper­texte », est l'un de ceux qui ont le mieux explicité cette utopie. Sa terre promise, ou plutôt son paradis virtuel promis, Xanadu 83, mérite une attention particulière : sur cette planète « universelle, populiste, généraliste, pluraliste, multiculturelle, libertaire, égalitariste et res­pectueuse des minorités », ni État, ni nation, ni église, ni école : des individus, seulement des individus! Ted Nelson défie indistincte­ment le pouvoir américain et celui de tous les États attardés qui pourraient être encore jaloux de leur souveraineté. On ne peut donc pas le soupçonner d'être un agent de propagande au service de ce Pentagone. Pour peu que les deux visages de Janus nous soient familiers, on ne peut toutefois pas être dupe de son utopie.

    Smart Brother et la vie privée


    Il faut pour les mêmes raisons réfléchir un peu avant d'ac­quiescer à la rhétorique des défenseurs de la vie privée, laquelle se sert comme d'un épouvantail de Big Brother, le personnage central du roman 1984 de Orwell. Or, quand les États-nations sont en voie de décomposition, comme aujourd'hui, ce n'est pas Big Brother qu'il faut d'abord craindre, mais Smart Brother, celui qui, au lieu de tirer au vu et au su de tous, les grosses ficelles de l'appareil étatique, relie confidentiellement entre elles les bases de données que les entreprises privées créent en toute obscurité et en toute impunité.

    L'agence de Boston où sont centralisées les informations rela­tives aux assurances en sait probablement plus sur chaque individu dans le monde que les divers États dont font partie ces individus. Aux États-Unis, par tradition, on craint beaucoup plus Big Brother que Smart Brother. C'est pourquoi dans le débat sur la vie privée dans ce pays, et par suite dans le reste du monde, on est beaucoup plus tendre pour un Big Brother qui s'affaiblit que pour un Smart Brother qui prend de la force. Et à qui cette stratégie profite-t-elle le plus?

    Certes, il faut sans cesse défendre sa liberté, mais encore faut-il savoir contre qui et contre quoi et ne jamais oublier que le pire ennemi de la liberté, c'est l'esclave que chacun porte en soi, tou­jours prêt à se faire complice de ce qui l'opprime. « L'esclavage avi­lit l'homme au point de s'en faire aimer ».

    Dans les démocraties actuelles, il est clair que c'est Smart Brother qu'il faut d'abord craindre; il est clair aussi que c'est à ce faux frère que l'esclave intérieur est le plus disposé à s'allier. Dans les médias vivant de publicité, et désormais dans les universités, de plus en plus soutenues par les entreprises, cette complicité peut prendre la forme de l'autocensure 3, laquelle va tellement de soi que toute dérogation à ses règles apparaît comme un acte insensé, voire sui­cidaire. C'est ce qui explique au moins partiellement pourquoi on est moins critique à l'endroit des intrusions des entreprises dans la vie privée qu'à l'égard de celles de l'État.

    L'immunité dont jouit Smart Brother s'explique aussi par le type de liberté auquel on est le plus attaché. De nos jours, c'est la liberté d'indifférence plutôt que la liberté de perfection qu'on pratique, la liberté du colibri plutôt que celle du tournesol. Si Big Brother est davantage craint et détesté que Smart Brother, c'est parce qu'il est perçu comme étant d'abord l'ennemi de la liberté d'indifférence, tan­dis que Smart Brother, au contraire, semble favorable à cette liberté.
    Neil Postman a traité de cette question de façon originale dans Se distraire à en mourir 4. Il y est question de deux grands romans contemporains : 1984 et Le Meilleur des mondes. 1984 est le titre d'un roman de George Orwell publié en 1949. Dans cette fiction, en 1984, Londres est devenue la capitale d'un régime totalitaire : Big Brother, chef du parti unique, impose son image et contrôle tous les faits et gestes des citoyens grâce à des télécrans. Trois slogans régissent ce monde où l'homme a cessé d'être autonome : « La guerre c'est la paix », « La liberté c'est l'esclavage », « L'ignorance c'est la force ».

    Le Meilleur des mondes (Brave New World), roman d'Aldous Huxley paru en 1932, est la satire d'une société totalitaire basée sur le culte positiviste de la science. La stabilité sociale est assurée par un système d'eugénisme, par le conditionnement dans l'enfance et plus tard à l'aide de drogues, le soma.
    Nous attendions la venue de 1984, écrit Postman. Quand cette année arriva sans que la prophétie ne se réalise, l'intelligentsia américaine chanta dis­crètement victoire : les fondements de la démocratie libérale avaient tenu bon. Le règne de la terreur s'était, peut-être, développé ailleurs mais l'Amérique, du moins, n'avait pas sombré dans les sinistres cauchemars orwelliens.

     


    Obnubilés que nous étions par la sombre vision d'Orwell, nous avions oublié une autre prophétie, un peu moins bien connue mais tout aussi inquiétante : celle d'Aldous Huxley dans Le Meilleur des mondes. Car, contrairement à une opinion répandue même chez les gens cultivés, les prophéties de Huxley et d'Orwell sont très différentes l'une de l'autre.
    Orwell nous avertit du risque que nous courons d'être écrasés par une force oppressive externe. Huxley, dans sa vision, n'a nul besoin de faire interve­nir un Big Brother pour expliquer que les gens seront dépossédés de leur autonomie, de leur maturité, de leur histoire. Il sait que les gens en vien­dront à aimer leur oppression, à adorer les technologies qui détruisent leur capacité de penser.

     


    Orwell craignait ceux qui interdiraient les livres. Huxley redoutait qu'il n'y ait même plus besoin d'interdire les livres car plus personne n'aurait envie d'en lire. Orwell craignait ceux qui nous priveraient de l'information. Huxley redoutait qu'on ne nous en abreuve au point que nous en soyons réduits à la passivité et à l'égoïsme. Orwell craignait qu'on ne nous cache la vérité. Huxley redoutait que la vérité ne soit noyée dans un océan d'insignifiances. Orwell craignait que notre culture ne soit prisonnière. Huxley redoutait que notre culture ne devienne triviale, seulement préoccupée de fadaises. Car, comme le faisait remarquer Huxley dans Brave New World Revisited, les défenseurs des libertés et de la raison, qui sont toujours en alerte pour s'opposer à la tyrannie, ne tiennent pas compte de cet appétit quasi insa­tiable de l'homme pour les distractions. Dans 1984, ajoutait Huxley, le contrôle sur les gens s'exerce en leur infligeant des punitions; dans Le Meilleur des mondes, il s'exerce en leur infligeant du plaisir. En bref, Orwell craignait que ce que nous haïssons ne nous détruise; Huxley redoutait que cette destruction ne nous vienne plutôt de ce que nous aimons.4


    Dans ces conditions, non seulement les jérémiades contre Big Brother sont-elles déplacées et exagérées, mais encore faudrait-il les considérer comme une forme de camouflage idéologique, destiné à détourner l'attention des vrais dangers, qui sont du côté de la dis­solution des identités et des autonomies individuelles et collectives. Le premier devoir qui s'impose à nous, et le plus urgent aussi, est d'introduire de l'ordre, de la hiérarchie, et d'une manière plus géné­rale, de la pensée, du jugement, dans la multitude des livres, des articles et des divers autres documents d'information qui s'offrent à nous.

    Notes

    1-Thomas Molnar, Le modèle défiguré. L'Amérique de Tocqueville à Carter, Paris, PUF, 1978, p. 194.

    2-Toujours selon Guisnel, cette maîtrise des leviers de l'information économique aurait permis à ce pays du Soleil levant d'imposer au monde une machine déjà obsolète au moment même où elle a été mise en marché : le télécopieur. La transmission de fichiers de texte par modem, beaucoup plus efficace et éco­nomique, désavantageait en effet les Japonais en raison de la complexité de leurs idéogrammes. En revanche, la transformation du texte en images, avant impression et envoi (analogue au procédé photographique), les remettait dans la course économique.

    3-Noam Chomsky a fait l'analyse de cette autocensure et il en a donné de nom­breux exemples. En voici deux autres. Alors que je participais à titre de contrac­tuel à une émission d'opinions dans une radio privée, j'ai eu la témérité de cri­tiquer une vedette en feignant d'ignorer que cette vedette payait elle-même des messages publicitaires dans ladite station. Or l'un de ses messages devait pas­ser immédiatement après mon intervention. J'ai lu la réprobation, voire la consternation sur tous les visages autour de moi. Je venais de commettre le péché contre l'autocensure. Ce fut l'une des raisons pour lesquelles mon contrat n'a pas été renouvelé. Dans des circonstances analogues et dans une autre station, mon contrat verbal a été rompu car, plutôt que d'approuver la publicité qu'une chaîne de fast food se faisait à elle-même en associant son image à celle de la recherche bio-médicale classique sur le cancer, j'avais posé en ondes la question suivante : ne serait-il pas plus approprié que la compagnie en cause finance des recherches sur les rapports entre le cancer et le fast food. Quelques minutes après cette émission le propriétaire de la station, un ami, me priait d'accepter de mettre fin à notre entente. Il avait lui-même reçu un appel de l'agent de la chaîne. À noter qu'il ne bénéficiait pas encore des largesses financières de ladite chaîne. Il négo­ciait un accord. L'agent lui a signifié qu'il devait d'abord se débarrasser du com­mentateur qui avait osé évoquer l'hypothèse d'un lien entre le hamburger/frites et le cancer.

    4-Neil Postman, Se distraire à en mourir, Paris, Éditions Flammarion, 1986.

     

    Date de création: 2012-05-31 | Date de modification: 2013-01-13

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    2012-05-31
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