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  • La lettre
    • Édition

    Humain, posthumain? Il faut choisir

    Définition

    Crise économique, réchauffement climatique, événements extrêmes, pic pétrolier, pic de l'or, pic du cuivre, pic du fer... Face à ces limites, le déni est l'attitude la plus répandue. La limite rappelle la mort. Nul ne veut la regarder en face. On a beau savoir que la richesse collective ne peut pas s'accroître, quand les éléments qui la constituent sont à la baisse, on continue de miser sur la croissance, tout simplement parce qu'on en a besoin pour payer les dettes sans appauvrir le présent. La croissance est la clé de voûte de nos sociétés.

    On l'a vu à l'occasion des récentes élections en France, au Québec et aux États-Unis, tout parti politique aspirant au pouvoir doit promettre la croissance en évitant même d'évoquer une autre croissance. D'où le désenchantement pendant les campagnes électorales, le sentiment qu'on a évité les vraies questions, d'où la déception ensuite que suscite un vainqueur contraint de renier ses promesses. Mais tôt ou tard on se heurtera au dernier mur et le choc sera d'autant plus violent que l'on n'aura rien fait pour le prévenir.

    Nous avons le choix entre composer avec les limites de façon créatrice en cultivant une science respectueuse de la nature, ou repousser encore davantage les limites en cultivant la techno-science prédatrice d'hier renouvelée en surface. Deux mouvements apparus récemment : le mouvement Transition et le mouvement Initiative 2045 correspondent à l'une et à l'autre de ces orientations.

    Le mouvement Transition

    En 2005, un jeune anglais, Rob Hopkins, spécialiste de la permaculture a choisi la première voie en lançant le mouvement Transition, lequel compte déjà 1045 groupes de citoyens bâtissant leur avenir dans autant de villes et de régions du monde : 383 au Royaume Uni, dont Londres, 319 aux États-Unis, 84 en Australie, 71 au Canada dont Toronto en Ontario et au Québec : (Boucherville, Villeray, l'Île d'Orléans, Très-Saint-Rédempteur, Québec centre-ville), 23 en France, 20 en Belgique, 23 en Allemagne, 7 en Suède.

    La question du pic pétrolier est au centre des préoccupations des membres du mouvement mais, comme on peut le présumer, il est de plus en plus difficile de la dissocier de l'épuisement général des ressources, du changement climatique et de la croissance de la population. La pensée complexe, la résilience, les solutions en réseau vont de soi dans un tel mouvement, mais ce qui le caractérise d'abord c'est son caractère démocratique : l'initiative appartient à des groupes de citoyens. Le risque d'une dérive vers le totalitarisme, toujours à craindre dans les situations de crise, est pratiquement exclu dans ce cas. La seconde caractéristique c'est l'équilibre entre l'idéal et le réel. L'idéal : les membres sont invités à tracer le portrait de leur quartier, de leur ville, de leur région tels qu'ils les voient et les veulent dans trente ans. Le réel : que faire ou éviter de faire dès aujourd'hui pour que tel ou tel idéal devienne réalité dans trente ans? Aucun sujet n'est exclu. Du transport scolaire aux emplois occupés par les robots, du commerce de voisinage au sport professionnel (avec ses 9500 matches annuels en Amérique du Nord seulement), de la pauvreté au gaspillage, tout peut être mis sur la table à la condition que dans la recherche des solutions, on s'efforce de rattacher ces questions les unes aux autres.

    Le mouvement Initiative 2045

    C'est également en 2005 qu'un jeune milliardaire russe, Dmitry Itskov, œuvrant dans les communications, eut l'idée du mouvement Russia 2045 (devenu World 2045, puis Initiative 2045) lequel organisa à Moscou, en février 2012, le congrès mondial Global Forum 2045, avec comme figure de proue Ray Kurzweil, patron des transhumanistes et comme message principal : l'immortalité cybernétique et la néohumanité en 2045. La prochaine rencontre aura lieu à New York en juin 2013. Faut-il en conclure que la Russie et les États-Unis, qui avaient été rivaux au XXe siècle dans le cas des grands programmes nucléaires et spatiaux, unissent aujourd'hui leurs forces pour mener à bien les grands programmes de l'heure : l'avatar, le transfert de personnalité, l'immortalité cybernétique, la voiture volante? Quand on sait que la Singularity University, autre création de Ray Kurzweil, est située près des édifices de la NASA, à deux pas du siège social de Google, on ne peut plus douter de la convergence des efforts au plus haut niveau politique américain. Pour ce qui est de la Russie, on ne peut tout simplement pas imaginer qu'un congrès comme celui du Global Forum ait pu se tenir sans l'appui de Poutine. De toute évidence, les deux grandes puissances rivales d'hier sont unies aujourd'hui par la techno-science.

    Un monde sans humains
    , documentaire de Philippe Borrel, présenté en octobre 2012 sur la chaîne Arte, permet de situer l'Initiative 2045 à sa juste place : elle n'est pas négligeable. On y pousse à sa limite un programme scientifique que la plupart des pays riches ont déjà adopté. À l'intérieur du Pentagone, la DARPA, qui est à l'origine du réseau Internet, a son projet d'avatar. La tendance dominante n'a pas changé dans les techno-sciences : plus les limites se rapprochent, plus on veut les repousser ou les contourner. Nous avons choisi de composer avec les limites comme nous invitent à le faire le mouvement Transition de même que les sages dont on peut entendre les commentaires dans Un monde sans humains : Jacques Testart, Jean-Claude Guillebauld, Roland Gori, Pierre Dardot, Jean-Paul Malrieu.

    Enjeux

    Pour justifier notre choix nous vous proposons une lecture commentée, paragraphe par paragraphe, du texte de la vidéo annonçant le Global Forum 2045 de Moscou. Nous avons transcrit et traduit en français le texte de cette vidéo que des millions de personnes ont vue. Elle s'intitule A new era for humanity . Le texte de la vidéo est en caractères gras. Notre commentaire est en caractère normal.

     

     1-Le monde est au seuil d'un changement global.

    Encore! C'était déjà le cas en 1972, au moment de la publication du rapport Meadows intitulé : Halte à la croissance. On nous présente ici comme un fait une chose souhaitable peut-être mais qui ne se produira que dans la mesure où on le voudra. C'est là une faute de logique classique : vous voulez accroître les chances qu'une chose désirable à vos yeux advienne, présentez-là comme un fait ou une probabilité. On appelle cette faute wishful thinking en anglais, expression que l'on traduit généralement par vœu pieux, (la traduction exacte serait : prendre ses désirs pour la réalité). Il s'agit plutôt d'un vœu impie...

    2-La vitesse de transmission des données augmente par des multiples de million, le taux d'événements extrêmes, de découvertes et de crises croît de façon exponentielle. Notre civilisation ressemble à un bateau naviguant sur une mer en furie, de plus en plus vite, sans capitaine, sans carte et sans compas. Le temps dont nous disposons pour prendre les bonnes décisions est de plus en plus court.

    Les décisions de cette importance, il faut plutôt les prendre lentement, après avoir réfléchi et consulté les gens autour de soi. Le fait qu'on nous incite à la précipitation est la preuve qu'on veut nous lancer dans une aventure dont nous ne voudrions pas si nous en avions mesuré les tenants et les aboutissants.

    3-Nous faisons face au choix suivant : tomber dans un nouveau Moyen Âge, dans le malheur ou la dégradation ou créer un nouveau modèle de développement avec l'objectif de créer non seulement une nouvelle civilisation, mais une nouvelle humanité.

    Les auteurs sont des néopathes. Le mot nouveau revient neuf fois dans ce texte de mille mots. L'allusion au retour au Moyen Âge est le sempiternel argument des inconditionnels du progrès prédateur contre ceux qui voudraient lui opposer un progrès réparateur. Le vaste programme d'une nouvelle civilisation ne suffira toutefois pas, on nous propose une nouvelle humanité, une humanité qui insatisfaite du rythme lent de l'évolution biologique va s'augmenter au rythme accéléré de la techno-science. S'augmenter de prothèses, de senseurs, de drogues. S'augmenter et non s'améliorer. La nouvelle humanité est aux antipodes de l'homme nouveau de Platon et de saint Paul, celui qui aspire à devenir meilleur : plus aimant, plus généreux, plus contemplatif, qui veut ressembler à Socrate ou au Christ plutôt qu'à Lance Amstrong.

    4-L'histoire des crises nous apprend que pour sortir d'une impasse nous avons besoin d'une révolution technologique. La chose est claire, mais la révolution actuelle va exiger aussi la plus profonde transformation sociale.

    En quoi cette profonde transformation sociale consistera-t-elle? Une chose est certaine, elle ne sera pas l'œuvre des citoyens eux-mêmes, comme c'est le cas dans le mouvement Transition, elle se fera sur des bases scientifiques, comme dans le Meilleur des Mondes ou dans Walden Two, sous la direction de psycho-neuro-informaticiens qui seront aux commandes des nouveaux réseaux de communication.

    5-La communauté mondiale et les leaders devront encourager l'humanité au lieu de gaspiller des ressources en travaillant à la solution de problèmes du moment. Il faut mettre l'accent sur les technologies du futur : les nanotechnologies, les technologies de l'information, les technologies cognitives, la génétique, la robotique.

    Ces disciplines ont une chose en commun, l'étude et la manipulation de l'infiniment petit, atomes, neurones, bits, gènes en vue d'acquérir la maîtrise des grands organismes : corps humain, ensemble terre-atmosphère, système solaire, etc. Pas la moindre allusion au biomimétisme et d'une manière générale aux disciplines ayant des ensembles pour objets. Sous-entendu : la nature n'a rien à nous apprendre, hors de la domination que nous exerçons sur elle en l'analysant. Prenant pour modèle la permaculture, Rob Hopkins oriente la science dans la direction opposée. Au lieu de continuer à planter des pommiers à trois mètres les uns des autres, de rendre ainsi la contagion inévitable et le recours aux pesticides nécessaire, essayons donc, dit-il, de comprendre pourquoi tel pommier isolé dans la forêt donne des fruits parfaits sans autre soin que ceux de la nature.

    6- Cela nous permettra de trouver de nouvelles sources d'énergie, de créer une architecture et des moyens de transport complètement nouveaux.

    De nouvelles sources d'énergie! On nous promet la fusion depuis longtemps. Soyons optimistes : présumons qu'on atteindra cet objectif. Quand? Vers 2050, disent les experts. En 1960, ils disaient : vers l'an 2000. L'humanité disposerait alors d'une énergie propre en quantité illimitée, l'énergie des étoiles. Quel en sera le coût? Stellaire également selon toute vraisemblance. Quoiqu'il en soit, on ne pourrait pas miser sur cette énergie pour réaliser les projets énergivores du plan 2045. Les téléphones cellulaires et les ordinateurs consomment déjà plus de 6% de l'énergie mondiale. Quel sera donc le taux quand chaque humain aura son avatar et son parc de robots? Sans oublier qu'une énergie bon marché en surabondance pourrait avoir des effets catastrophiques, compte tenu de la quantité de produits toxiques que l'on pourrait ainsi rejeter dans l'atmosphère.

    7-Cela permettra aussi un développement sans précédent des habiletés cognitives humaines de même qu'un raffinement de l'intelligence artificielle et des interfaces entre le cerveau et l'ordinateur; nous pourrons aussi émuler les systèmes complexes créer des robots humanoïdes et des cyborgs.

    Voici un domaine où la plupart des mots sont des pièges plutôt que des phares. Il faut d'abord sortir des pièges pour accéder à la lumière des phares. Quelqu'un, un jour, sans autre raison que le plaisir d'utiliser une métaphore frappante, a appliqué le mot intelligence à l'une de ces  machines de Turing qui font si vite certaines opérations mécaniques qu'elles donnent l'impression de penser. Le mot intelligence se charge alors d'un sens nouveau que l'on tend à confondre avec le sens premier. Pour préciser la nature de cette faute de logique, Raymond Tallis, l'un des pionniers des neurosciences, utilise l'expression thinking by transferred epithet, que je traduis par « penser par mots transfuges ». Le mot transfuge est celui qui passe du camp de l'humain au camp de la machine, c'est le cas du mot intelligence quand il est appliqué aux ordinateurs, ou inversement du camp de la machine au camp de l'humain, c'est le cas du verbe fonctionner dont on use et abuse en psychologie et en sociologie. On assimile l'humain à l'animal et l'animal à l'humain par le même procédé. C'est ainsi que les frontières se brouillent de part d'autre de l'humain. Auparavant, on avait plutôt tendance à rapprocher l'homme de Dieu et Dieu de l'homme. Depuis que ce lien est coupé on rapproche l'homme de la machine d'un côté, de l'animal de l'autre. Comme si l'homme n'avait pas d'identité par lui-même. Raymond Tallis est un athée dont le grand mérite est de défendre brillamment son identité d'homme. « En introduisant subrepticement la conscience dans la matière du cerveau, au moyen de l'analogie avec l'ordinateur, nous rendons vraisemblable une explication matérialiste de la conscience.(Raymond Tallis, Aping Mankind, ACUMEN, Durham, UK, p.187) Plus la conscience et le corps s'unissent pour éprouver des sentiments assimilables à l'amour, à l'admiration et à la compassion, plus il est difficile de les numériser, de les formaliser. Les machines n'émuleront jamais que la dimension mécanique des êtres vivants et les êtres vivants ne se reconnaîtront eux-mêmes dans ces émulations que dans la mesure où ils se seront d'eux-mêmes réduits à leur dimension mécanique. Le projet 2045 est une vaste entreprise de désincarnation.

    8-Avec l'aide des nanorobots nous pourrons développer une matière manipulable, trouver des façons de transférer la personnalité d'un humain à un porteur artificiel.

    Matière manipulable! Voilà la solution au problème de l'épuisement des ressources naturelles. Il ne reste plus de cuivre, ni de fer. Qu'à cela ne tienne, nous en fabriquerons avec les nanomachines et l'énergie des étoiles. Quant au transfert de la personnalité, il illustre parfaitement la désincarnation que nous devons craindre. Les transhumanistes réduisent allègrement la personnalité au cerveau, après avoir réduit ce dernier à un connectome. Alors que le mouvement Transition nous invite à une symbiose avec la nature, modèle et condition de cette symbiose entre notre conscience et notre corps, que nous appelons incarnation.

    9-Mais nous avons besoin de plus qu'une révolution technologique, nous avons besoin d'un nouveau paradigme civilisationnel, d'une nouvelle idéologie, d'une nouvelle philosophie, d'une nouvelle éthique, d'une nouvelle psychologie et même d'une nouvelle métaphysique.

     Évidemment : l'homme nouveau devra tout refaire à son image.

    10- Nous devons aller au-delà nos limites, aller au-delà de nous-mêmes, au-delà de la terre et au-delà du système solaire. C'est là une réponse adéquate aux défis de notre temps. La nouvelle réalité et l'homme de l'avenir apparaîtront ainsi.

    Preuve que le silence éternel des espaces infinis n'effraie pas les transhumanistes!

    11- Est-ce que cela pourra se produire spontanément, aller de soi? Ce serait bien étonnant. L'humanité n'a pas de plan pour son développement. Elle vise la stabilité, vit dans le présent et ne fait aucune planification; elle maintient le statu quo et fait tout pour échapper au développement. Elle ne se donne pas le but de dresser la carte des siècles futurs et d'assumer la responsabilité de l'évolution. Dans la culture de la société de consommation, il n'y a ni rhétorique ni vocabulaire évolutionnistes.

    Tout se ramène en effet à un plan d'affaires dans le projet 2045. Mais un plan par définition implique une finalité et par là les transhumanistes se mettent en contradiction avec leur propre scientisme : la science moderne dont il se réclame a en effet horreur de la finalité.

    12-Pour sortir de l'impasse nous avons fondé le mouvement Russia 2045, devenu peu après World 2045. C'est un méga projet, conçu pour atteindre de nouveaux sommets, pour créer de nouveaux sens. Notre intention est de créer de nouveaux vecteurs de civilisation, visant un constant développement de l'homme dans l'évolution, comme la chose s'est produite dans le cadre des mégaprojets du siècle précédent : le programme nucléaire et le programme spatial.

    Ne le saviez-vous pas? On construit une civilisation comme on va sur la lune. Pitié pour les rouages individuels qui nuiront au fonctionnement de la mégamachine.

    13- Nous intégrerons les dernières découvertes et développerons les sciences évoquées précédemment. Puissent des valeurs et des idéaux éternels nous aider à éviter de nous égarer. Notre projet va donner de nouveaux sens à des millions de personnes sur la terre, il sera enrichi de cette créativité commune, et nous sortira de l'impasse, nous éloignera de l'immersion dans les eaux convergentes de la nature et de la mort physique; nous irons vers l'avant, vers le royaume de la liberté et de la créativité, vers les profondeurs des océans et vers les étoiles, vers l'univers infini de notre monde intérieur.

    Comment interpréter ce retour parfaitement incohérent vers le passé? Ne faut-il pas y voir une nostalgie de robots, l'équivalent pour lui de la réminiscence platonicienne? Mais voilà que je tombe moi-même dans le piège des mots transfuges en employant le mot nostalgie à propos d'un robot. Quelles peuvent être les valeurs éternelles applicables à une machine sinon le bon fonctionnement perpétuel, lequel hélas! est impossible à l'ombre du second principe de la thermodynamique. Les transhumanistes raisonnent ainsi : la nature ne fonctionne pas bien, la mort des hommes en est la preuve. Pour sortir de cette impasse, il faut une révolution tech. Quant à l'univers infini de notre monde intérieur, il est malheureusement unidimensionnel dans la perspective transhumaniste. On croit d'abord retrouver Kant : le ciel étoilé au-dessus de nos têtes, la loi morale dans notre âme! Erreur. En réalité l'homme nouveau n'appartient plus à la nature, il en est complètement séparé. Quand la rhétorique 2045 fait place aux étoiles, c'est en tant que symboles des nombres purs et froids et non en tant que partie de la nature charnelle et mortelle.

    Nos prévisions pour les prochaines quarante années :

     2012 : Février, le premier congrès du mouvement Global futur 2045 a lieu à Moscou. Il s'agit d'un débat, d'une discussion sur les perspectives de civilisation et de développement.

    2012-2013 : Les crises économiques et sociales s'aggravent. Le débat sur le futur paradigme du développement s'intensifie. De nouveaux mouvements et partis transhumanistes émergent. Russia 2045 devient le WORLD 2045. Pendant ce temps le réseau gf2045.com sur l'innovation sociale progresse. Toute personne que la chose intéresse peut proposer un projet, y participer, le financer ou faire les deux choses à la fois. Dans le réseau, il y a des scientifiques, des universitaires, des chercheurs, des financiers, des administrateurs.

    Il semble bien en effet que les crises économiques et sociales s'aggravent en ce moment, comme s'aggravent les effets du changement climatique, aux États-Unis notamment : tornades quotidiennes, sécheresse, et Superstorm Sandy. Mais ces catastrophes, de même que la violence et la misère ne sont pas prévues dans le plan d'affaires 2045.

    2012-2014 : Apparaissent de nouveaux centres de technologies cybernétiques pour l'extension radicale de la vie.

    C'est le départ de la course vers l'immortalité. Objectif : l'Olympe. Ce qui distinguera ces Jeux olympiques transhumanistes des Jeux humains, c'est que les drogues, les prothèses et les implants y seront non seulement tolérés mais encouragés.

    2015-2020 : L'avatar est créé. Ce double robotique de l'humain contrôlé par la pensée, via une interface cerveau/ordinateur devient aussi populaire que les voitures. En Russie, et en divers autres endroits du monde, des percées ont lieu dans divers domaines.

    Place aux robots androïdes pour les usines, pour les maisons. L'avatar contrôlé par la pensée peut assurer la téléprésence partout dans le monde, rendant ainsi les voyages d'affaires désuets. Les voitures volantes apparaissent. Des gadgets pour la communication sont insérés sous la peau et contrôlés par la pensée. Il s'agit de ce que dans le projet russe on appelle « l'avatar A ». Sera-il aussi populaire que les voitures en 2020? Ce pourrait être parce que les voitures seront de moins en moins populaires. Place aux robots androïdes dans les usines et dans les maisons, chose possible et même probable, mais cette invasion des robots pourrait s'accompagner cette fois d'une diminution irréversible du nombre d'emplois offerts. Et alors? Moins d'emplois, moins de salaires, moins de salaires, moins de consommation, moins de consommation, effondrement de l'économie. C'est la thèse que soutient Martin Ford dans un livre convaincant : The Lights in the Tunnel. Voitures volantes? Ne serait-il pas sage d'attendre l'avènement de la fusion nucléaire pour munir d'ailes nos serpents de route déjà énergivores? 2020-2025 : Création d'un système fournissant un support vivant pour le cerveau et permettant son interaction avec l'environnement. Avec l'avatar B, l'homme reçoit une nouvelle vie plus longue. Bonne vie ou longue vie? Il faudra choisir. Longue vie, mais pour qui? Pour les 7 milliards d'êtres humains? Il faudrait alors pour éviter une surpopulation fatale interdire totalement la reproduction.

    2025 : La nouvelle génération d'avatars permet la complète transmission à l'opérateur des sensations provenant des cinq organes sensoriels du robot.

    Déjà la pensée peut mettre en mouvement les membres d'un exosquelette, mais pourrons-nous assumer le coût de ces luxueuses prothèses, les offrir à la fois à tous ceux qui en auront besoin ou qui tout simplement les désireront? Non. Ce qui aide à comprendre pourquoi un journaliste populiste comme Alex Jones peut impunément traiter de killers les technocrates qui proposent ces solutions au grand public. Il faut en effet se rendre à l'évidence que pour soutenir quelques millions de cyborgs, la planète devra abandonner les autres humains à une nature qu'on aura dégradée au point d'en rendre la mort inévitable. Voici l'opinion du physicien Jean-Paul Malrieu : « L'accès aux technologies de plus en plus sophistiquées et de plus en plus coûteuses ne travaille pas nécessairement à une amélioration du bien commun; ce peut être un projet pour une élite; ce qui veut dire une fracture, une fracture violente dans l'humanité, qui pose un des problèmes politiques majeurs aujourd'hui. Ces gens là sont prêts à laisser sur le bord du chemin, en attendant leur disparition finale, une bonne partie des humains. Pas besoin d'exterminer. Il y a des gens qui s'effaceront parce qu'ils seront moindres et donc condamnés à disparaître. Il y a là une césure, une fracture acceptées ».

    2030-2045 : Re-brain, re-cervelage. Le colossal projet d'ingénierie inversé du cerveau se réalise. On approche du seuil de la compréhension du principe de la conscience.

    Le commentaire précédent s'applique à plus forte raison dans le cas du re-cervelage.

    2035 : C'est l'année de la première tentative de transfert d'une personnalité à un autre porteur. L'ère de l'immortalité cybernétique commence.

    « Une fois que vous avez personnifié le cerveau et les ''bits'' de cerveau il devient facile d'encerveler la personne ». Raymond Tallis. (When you personnify the brain and bits of brain, then it is easy to brainify the person.) Réduire la personnalité au cerveau c'est exactement ce que font nos transhumanistes. (Aping Mankind, p.187) Ces technoprophètes n'ont-ils donc jamais vécu l'amour, ni même entrevu ce qu'il pouvait être? Devant la pauvreté affective dont témoigne leur espérance cybernétique, on éprouve le même malaise que devant un aveugle de naissance à qui l'on décrit un coucher de soleil. Le néant, en raison de la part de mystère qu'il conserve comme malgré lui, est plus réjouissant que cette unidimensionnalité planifiée. Une telle conception du paradis sur terre peut gâter jusqu'à l'expérience éphémère de l'autre dimension. L'éternel est voisin du fragile. La joie vécue en tant qu'éphémère est infiniment plus précieuse que la durée illimitée d'un moi gonflé d'un sentiment de puissance. Encore et toujours la désincarnation! C'est l'un des leitmotiv du discours transhumaniste : par rapport au moi dérivé du connectome (schéma du cerveau, équivalent du génome), le corps est un appendice inutile, indécent, osons le dire, car nous sommes ici au cœur du puritanisme. Un rapprochement avec le manichéisme s'impose également. Les manichéens ne voyaient pas la reproduction charnelle d'un bon œil, ils recommandaient l’abstention. Dans le scénario transhumaniste idéal, un enfant produit par clonage, hors de tout rapport charnel, veillerait à ce que son corps fusionne le plus tôt possible avec la machine, pour pouvoir ensuite plus facilement assurer une longévité infinie (sic) à son cerveau-moi en l'enregistrant sur un disque dur. Les neurosciences ont beau avoir attiré notre attention sur le fait que le corps entier participe à la formation des connaissances et à la réactivation des souvenirs, nos savants transhumanistes continuent à le réduire à leur cerveau. C'est là un résumé des propos de David Dalrymple dans Un monde sans humains. Ce disciple chéri de Raymond Kurzeil est entré au MIT à l'âge de quatorze ans. Voici ce qu'inspire à Jean-Claude Guillebaud son plaidoyer en faveur du dualisme manichéen et de la désincarnation : « De même que les économistes des marchés financiers se débarrassent de l'économie réelle au profit de la spéculation, irréelle, virtuelle, de même les technoprophètes nous conseillent de nous débarrasser du corps, d'oublier le corps ».

    2040-2050 : Des corps constitués de nanorobots pouvant prendre toutes les formes font leur apparition en même temps que la corporéité holographique.

    C'est la fin du cirque tel qu'on l'avait connu jusqu'à ce jour; les contorsionnistes perdent leur emploi!

    2030-2050 : Changement radical dans la structure sociale de même que dans le développement technologique et scientifique. Les prérequis de l'expansion spatiale existent désormais. Pour l'homme du futur, la guerre et la violence sont inacceptables. La principale priorité de son développement est son autoamélioration spirituelle. Une nouvelle ère s'ouvre : celle de la néo humanité.

    Quel pourra bien être ce changement radical dans la structure sociale? Relire Le meilleur des mondes. Le vieil homme n'aura pas changé entre l'avatar A et l'avatar B. Il sera seulement un peu plus désincarné. S'il échappe à la guerre et à la violence ce sera parce que ses maîtres techniciens, après avoir conclu à l'échec de Dieu (ou du hasard?) auront manipulé à cette fin ses gènes et son cerveau. L'amélioration spirituelle espérée ne pourra être que la conséquence d'un remodelage de l'homme par l'homme. Mais de quel droit appeler amélioration spirituelle ce remodelage qui ne saurait être autre chose qu'un lift up neuronal? De nouveau, le piège des mots transfuges.

    Essentiel

    Le choix: le mouvement Transition ou l'Initiative 2045

    La plupart de ceux qui font preuve d'esprit critique face au transhumanisme le font avec un souci d'objectivité et une distance qui renforcent la cause de leur adversaire. Leur indignation disparaît derrière leur tolérance. Dans le documentaire « Un monde sans humains », quelques voix font exception à cette règle, dont celle du philosophe Pierre Dardot : « Un monde sans humains, dans lequel il y aurait des cyborgs, ou des individus qui seraient des hybrides et des chimères, qui seraient à la fois des machines et des restes, des ersatz d'humains, je pense que ce ne serait pas un monde. Il faut rendre cette contradiction là visible et il faut la rendre insupportable. C'est le seul moyen de nourrir l'esprit de résistance ». Photo : Pierre Dardot •

    Cette invitation au militantisme est la seule réaction adéquate, mais la simple résistance, même sous forme de guérilla, ne suffira pas; il faudra aller au front. Une des façons de le faire en ce moment est de s'engager dans le mouvement Transition. À la fin du documentaire, Roland Gori invite les gens à reprendre leur avenir en mains, à se libérer de la tutelle des experts, dont les visées antidémocratiques sont manifestes dans le cas du mouvement transhumaniste.

    Le mouvement Transition est l'exemple parfait d'une mobilisation citoyenne, non pas contre le transhumanisme, mais pour une réconciliation avec la nature incompatible avec le transhumanisme. Plusieurs des sages du documentaire ont tenu à préciser qu'ils n'ont rien contre la techno-science, qu'ils sont les premiers à se réjouir de ce que les personnes handicapées seront les premières à profiter des découvertes faites en contexte transhumaniste. Une telle attitude, si justifiée soit-elle à première vue, enferme des concessions qui servent la cause de cette technoscience devenue folle. Parce qu'elle se confine à l'homme, parce qu'elle refuse systématiquement de se donner un fondement plus solide, la technoscience transhumaniste ne peut que se retourner contre l'homme. Pour améliorer ses semblables l'homme est contraint de les asservir, de les manipuler. D'où l'importance de la planification dans les projets de Itskov et de Kurzweil. À la grâce, condition de l'amélioration de l'homme en contexte théocentrique, l'homme ne peut opposer que l'ingénierie en contexte anthropocentrique.

    Quelles concessions, quelle tolérance une telle science mérite-t-elle? Simone Weil avait raison de condamner catégoriquement cette orientation prise par la science. Le mouvement Transition, né près du Schumacher College, offre une belle occasion de montrer comment une science « réparatrice » pourrait et devrait se substituer à la science conquérante des deux derniers siècles.

    Remettre la science dans l'orbite de la contemplation cela ne veut pas seulement dire atteindre dans une totale liberté, comme Whitehead l'a fait, les hautes sphères où la vie et l'esprit révèlent leur unité, cela veut dire aussi redonner sa place fondatrice à la plus humble observation. La techno-science moderne, conquérante, s'est montrée si pressée de transformer le monde, pour de bons motifs le plus souvent – il fallait nourrir et guérir une population croissante – qu'elle a, de façon hâtive, et en négligeant de nombreux facteurs, tiré de lois abstraites des applications dont nous mesurons aujourd'hui les conséquences en les subissant. Il nous faut une science plus lente et plus prudente, ce qui suppose que l'on accorde au départ plus d'importance à l'observation sur le terrain, ce qui n'aurait que des avantages pour les jeunes qui, en passant trop de temps devant les écrans cathodiques, se préparent à avoir le culte des avatars et à perdre tout sens de la poésie.

    Je rappelle que Rob Hopkins, le fondateur du mouvement Transition a d'abord été un formateur en permaculture. Cette discipline repose sur la paradigme opposé à celui dont se réclame 2045. De toute évidence, aux fruits de la terre, ces néohumains préféreront les aliments entièrement synthétiques en offrant la nouvelle cuisine chimique à leur élite gourmande. Les adeptes de la permaculture observeront plus attentivement la terre pour lui permettre de donner aux hommes davantage de fruits de meilleure qualité au plus bas coût énergétique. L'exemple le plus souvent utilisé pour illustrer la permaculture est celui des trois sœurs : le maïs, le haricot grimpant et la courge.

    Elles occupaient une place centrale dans l'agriculture amérindienne. Elles symbolisent une coopération avec la nature faisant écho à une coopération des hommes entre eux : entre les générations, entre les contemporains, entre les diverses cultures. On en a redécouvert l'intérêt dans le cadre du biomimétisme lequel, à la fine pointe de la biologie, repose sur le désir d'imiter la vie en approfondissant la connaissance qu'on en a plutôt que de la manipuler prématurément à partir de connaissances superficielles. Savoir traditionnel d'un côté, science réparatrice de l'autre se combinent pour réduire à la fois le travail de l'homme, la consommation d'énergie et la consommation d'eau.

    Vous plantez d'abord le maïs, vous semez ensuite le haricot grimpant qui s'enroulera autour de la tige verte, puis la courge dont les larges feuilles conserveront l'humidité du sol et empêcheront les mauvaises herbes de pousser, ce qui rend le recours aux herbicides inutile. Le haricot de son côté ajoute au sol de l'azote dont le maïs est friand. Les trois sœurs correspondent aussi aux exigences de la pensée complexe, plus précisément à ce que Wendell Berry appelle solving for patterns, expression que nous traduirons par « solutions en réseau ». Toujours avoir à l'esprit que tout se tient et que la meilleure solution à un problème précis, comme par exemple ici l'appauvrissement du sol par la culture du maïs, c'est celle qui en résout plusieurs autres en même temps : assèchement du sol, mauvaises herbes, gaspillage d'énergie... La solution en réseau s'impose d'elle-même dès lors que l'on considère les problèmes comme des symptômes d'un échec systémique plutôt que comme des erreurs accidentelles nécessitant des réparations isolées.

    Pour ce qui est solutions en réseau, les populations n'ont pas attendu que des experts leur apprennent à les appliquer. Le vélo, de plus en plus à la mode contribue à résoudre plusieurs problèmes simultanément : la pollution de l'air, la raréfaction du pétrole, l'obésité, la déshumanisation des villes. On peut en dire autant du jardinage urbain et de l'architecture verte.

    Participation, coopération, science rentrant dans l'orbite de la contemplation. Domination, compétition, science dans l'orbite des intérêts financiers mais surtout d'une déshumanisation . Nous ne pouvons sans lâcheté échapper à ce choix. Mais si disposés qu'ils soient à la résistance et au combat, les esprits critiques perdront la bataille sans l'avoir livrée s'ils ne se soucient pas de remplir les conditions suivantes :

    1- Redonner à la science un fondement qui la fasse sortir de l'orbite de la volonté de puissance d'un groupe d'experts formant une élite mondiale auto proclamée.

    2-S'engager dans un mouvement, tel le mouvement Transition, faisant place à l'auto-organisation tout en étant bien coordonné.

    3- Susciter des débats sur place publique, mais aussi à l'intérieur des administration publiques, des partis politiques et des Églises.

    Voici pour ces débats quelques thèmes:

     L'emploi

    Jusqu'à ce jour, les craintes qu'ont inspirées l'automatisation et l'entrée des robots dans les usines se sont avérées non fondées. En est-il de même en ce moment? La loi de Moore, selon laquelle la puissance des ordinateurs double tous les deux ans pourrait changer le cours des choses : des robots de plus en plus puissants, capables de tâches de plus en plus variées, coûtant de moins en moins cher et ne faisant pas monter les primes d'assurance santé. Question : faudra-t-il laisser libre cours à la loi du marché?

    Santé

    Dans Un monde sans humains, John Smart, le bien nommé, futurologue, directeur de Acceleration Studies, pose la questions cruciale. Supposons, dit-il, que dans dix ans on puisse installer dans votre corps une puce électronique qui communiquera avec votre iphone pour vous apprendre que le taux de sucre dans votre corps est trop élevé, que vous devez cesser de manger du junk food, que vous réduirez votre taux de cortisol de moitié si vous allez faire une marche de trente minutes, etc. Et si je vous apprends ensuite, poursuit notre surhomme, qu'avec ce procédé on a réussi à doubler l'espérance de vie d'un groupe de souris, ne serez-vous pas tenter d'acheter l'appareil en question? Ce que propose en réalité John Smart : une vie branchée en permanence, un destin de cosmonaute, une renonciation volontaire à l'autonomie. « L'homme dégénéré, disait Nietzsche, est celui qui ne sait plus distinguer ce qui lui fait du mal ». On pourrait en conclure que l'emmachination que propose Smart devient nécessaire à mesure que la dégénérescence s'aggrave et se répand. L'essentiel ici est de prendre en compte le fait qu'une science orientée dans une autre direction pourrait permettre de trouver un autre remède à ce mal. Il existe encore des individus et des peuples où un heureux mélange d'instincts bien conservés et d'art de vivre a pour effet de rendre les gens capables de se mettre en mouvement par eux-mêmes quand l'heure de la promenade est venue. L'aptitude à sentir les besoins de son corps est donnée à tous les êtres vivants et on peut la rééduquer quand elle commence à s'atrophier.

    Le fait que le pacemaker a amélioré le sort de certains malades ne justifie en aucune manière qu'on installe des sucromètres dans le corps des personnes normales. La ruine des états à cause de la hausse des coûts de la santé protégera heureusement les humains contre ce destin de cosmonaute. Cela suppose qu'il faille mettre le cap sur l'autonomie avant qu'il ne soit trop tard.

    L'énergie et les ressources naturelles

    À mesure que le produit d'origine se dégrade, il faut de plus en plus d'énergie et d'eau pour tirer la substance pure du minerai : pétrole, or, fer ou cuivre. Question : si la production du fer consomme 5% de l'énergie disponible en ce moment, quel sera ce taux dans 10, 20, 30 ou quarante ans? La même question se pose à propos de tous les métaux et de toutes les formes d'énergie fossile. Si cette question n'ébranle pas l'optimisme de nos transhumanistes c'est parce qu'ils sont persuadés qu'ils parviendront à faire baisser le prix de l'énergie et qu'en outre, ils croient qu'en manipulant la matière au niveau atomique, ils pourront fabriquer les métaux ex nihilo à toutes fins pratiques. Comment ajouter foi à ces hypothèses quand on sait qu'on ne réussira à produire de l'électricité par fusion qu'en 2050 dans la meilleure des hypothèses?

    Conclusion

    « Il faut vivre chaque instant comme si c'était le dernier », disait Marc-Aurèle, idéal inaccessible aux transhumanistes puisque le dernier moment n'existe à leurs yeux que pour être un jour supprimé. Derrière la pensée de Marc-Aurèle, il y a l'idée, à la fois grecque et chrétienne, que l'être humain s'assimile à la divinité par la contemplation, par des moments d'accomplissement, lesquels n'ont rien à voir avec la durée de la vie. Dans l'accomplissement, c'est tantôt la participation à la lumière ou tantôt la participation à la vie qui domine bien que la lumière et la vie ne fassent qu'un à la limite. Les plus humbles découvertes intellectuelles peuvent être l'ébauche d'une participation à la lumière comme le souci des plaisirs de la table peuvent être la première étape dans la participation à la vie. Toute participation est une élévation, une ascension à l'intérieur de limites, dans le temps et l'espace, non seulement acceptées mais célébrées en tant que conditions mêmes de l'extase. Quand le Christ dit dans l'Évangile : « Mon royaume n'est pas de ce monde », il se rattache à cette philosophie. Les juifs cependant voyaient les choses autrement, dans une perspective historique; ils mettaient leur espoir dans un paradis sur terre. Il en résulta dans la chrétienté une tendance à situer le salut dans l'avenir, à le considérer comme le résultat d'un progrès. C'est l'origine de la doctrine millénariste où l'on fait dépendre le salut du progrès scientifique et technique. Dans ce contexte, ce n'est pas dans l'extase que l'on cherche le salut et le bonheur, mais dans le sentiment de puissance qui accompagne la maîtrise de la nature et dans le confort matériel qui s'ensuit. Le bien est en avant de nous, non au-dessus, et il a l'avantage d'être vérifiable tandis que le bien lié à l'extase est invérifiable : nul ne sait si les sommets atteints dans une vie se perpétueront après la mort, et nul n'a la certitude objective d'avoir atteint un sommet. Le sentiment accompagnant le record abattu, lequel peut s'appuyer sur des chiffres, est le parfait exemple de ce que peut apporter aux hommes le paradis sur terre. La chrétienté est depuis longtemps partagée entre les deux tendances. Elle l'est aujourd'hui à un point tel qu'un fidèle inspiré par la pensée de Teilhard de Chardin peut penser que la technoscience, quelle que soit sa démesure, est la preuve que l'homme a été fait à l'image de Dieu et qu'en conséquence quand il prétend remodeler l'homme, il ne s'oppose pas à Dieu mais complète son œuvre. La conjoncture actuelle en nous ramenant à nos limites et à celles de la nature nous oblige à faire un choix clair : le mouvement Transition s'inscrit nettement dans la perspective de la participation, tandis que le mouvement 2045 s'inscrit dans la perspective du paradis sur terre et du sentiment de puissance.

    Paradoxe : ce sont des humains virtuels, abstraits réduits au programme de leur cerveau qui prétendent pouvoir accéder au paradis sur terre. Étrange paradis sur terre qui n'aura rien de charnel, ni même de matériel! Le projet transhumaniste repose sur le mépris du corps, de l'autonomie de la personne et de son incarnation. Comme le rappelle Jean-Claude Guillebaud dans le documentaire indiqué ci-haut, tout ce qui fait notre humanité, la tendresse, l'amour, l'admiration, l'angoisse suppose à la fois cette autonomie et cette incarnation. C'est suffisant pour justifier le fait que l'on s'efforce de « rendre le transhumanisme insupportable » selon les mots de Pierre Dardot. Une question radicale est ainsi posée à tous ceux qui croient en la personne humaine, aux chrétiens en particulier, aux fidèles de la religion du Dieu incarné. Ne devraient-ils pas presser leurs Églises de prendre énergiquement position contre le transhumanisme? Il est certain que le mystère de l'incarnation, auquel font écho l'union de l'âme et du corps et la symbiose de l'homme avec la nature,  ne fera vibrer aucune corde dans le cerveau des cyborgs et des posthumains.

     

    Date de création: 2012-11-02 | Date de modification: 2014-10-17
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    2012-11-02

    Dernière modification:
    2014-10-17

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