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    • Édition

    Peste islamiste, anthrax transhumaniste - Le temps des inhumains

    Pièces et main d'oeuvre
     « Au midi de la pensée, le révolté refuse ainsi
    la divinité pour partager les luttes et le destin communs.
    Nous choisirons Ithaque, la terre fidèle, la pensée audacieuse
    et frugale, l’action lucide, la générosité de l’homme qui sait.
    Dans la lumière, le monde reste notre premier et notre dernier amour. »
    Albert Camus, L’Homme révolté



    Cela fait quarante ans que les bourgeois intellectuels - universitaires, militants et médiatiques - macèrent dans l’anti-humanisme. Cette haine, dans un monde voué à la machine, est devenue l’idéologie dominante. Contre les transhumanistes avides d’en finir avec l’erreur humaine, et les djihadistes assoiffés d’inhumanité, nous, animaux politiques, défendons le genre humain. C’est bien plus beau  lorsque c’est inutile. 

     

    Cela fait quarante ans que les beaux esprits s’en vont radotant que « Camus est un philosophe pour classe de terminale.» Si seulement c’était vrai. Ils auraient au moins enseigné l’école du courage et de la droiture à leurs élèves. 

     

    Le 12 novembre 2015, nous avons reçu ce message du journal  Libération :

     

    Madame, Monsieur,

     

    Samedi 28 novembre, Libération organise à Grenoble une journée de débats consacrée à la santé connectée. Ce Forum sera à la fois la vitrine des innovations de santé mais aussi le lieu du débat et de la réflexion sur les conséquences politiques, économiques et sociales d’une telle transformation.

     

    Nous aimerions inviter un représentant de Pièces et Main d'Oeuvre à prendre part au débat "Le progrès, un débat de société?". Cette rencontre aura lieu samedi 28 novembre de 18h30 à 20h, à la Faculté de médecine de l’Université Joseph Fourier. 

     

     

    Dans l'attente de votre retour, je vous prie de croire en mes sentiments les plus distingués. 

     

    Lauren Houssin

     

    Forums Libération

     

     

    Le 13 novembre 2015, avec la France entière nous avons reçu ce message de l’Etat islamique :

     


    « Un groupe ayant divorcé la vie d’ici-bas s’est avancé vers leur ennemi, cherchant la mort dans le sentier d’Allah, se courant sa religion, son prophète et ses alliés, et voulant humilier ses ennemis. (...) Huit frères portant des ceintures d’explosifs et des fusils d’assaut ont pris pour cible des endroits choisis minutieusement à l’avance au cœur de la capitale française (...) où étaient rassemblés des centaines d’idolâtres dans une fête de perversité ». 

     

    Qu’est-ce qui nous fait agir, nous, les humains ? On peut lister toutes sortes de facteurs, matériels, psychologiques, affectifs, politiques, culturels. Mais en fin de compte, ce qui nous fait choisir une direction plutôt qu’une autre, ce sont les idées. C’est-à-dire des formes – eidos, en grec. «L’image d’une chose», dit Descartes.  L’idée qu’on se fait de ce qui est juste, bon, désirable, par exemple. 

     

    Nous ne cessons de répéter, quand on nous demande «quoi faire», à nous, Pièces et main d’œuvre, que les idées ont des conséquences. Nous menons une lutte d’idées; nous devons par conséquent être capables de forger et d’énoncer les idées qui nous font choisir une direction – qui devraient nous faire agir. 

     

    Notre idée, c’est que l’homme comme espèce et comme individu, mérite d’être défendu, au même titre que le vivant sur cette planète (on n’ajoute pas « parce que la vie est belle », ça déclencherait le détecteur de conneries). 

     

    Face à nous, des gens qui haïssent l’homme et la vie agissent en fonction de cette idée :  il faut en finir avec l’humain. La même idée de supprimer l’imperfection humaine guide les massacreurs à la kalachnikov, mobilise les promoteurs du cyborg et nous oppose à eux. Chacun à un bout du spectre anti-humaniste, djihadistes et transhumanistes traduisent en actes une lâche idéologie de désertion de notre commune condition. Ils s’intoxiquent de toute-puissance virtuelle –dans l’au-delà des «martyrs», ou par l’incorporation de la force machinique –quand ils ne savent pas même être des hommes sur terre. 

     

    Les premiers haïssent la vie et révèrent la mort, source de félicité. Les seconds refusent la mort, et croient la vaincre en abolissant la vie. Les premiers sont des obscurantistes religieux utilisant le dernier cri de la technologie. Les seconds des technologues futuristes manipulant des mythes archaïques et religieux. Ils partagent une vision millénariste de l’avenir. L’Apocalypse adviendra pour les uns, le Surhomme-machine pour les autres. 

     

    Les fanatiques du djihad imposent leurs idées arriérées à l’aide de technologies ultra-performantes. Chacun reconnaît à Daesh sa maîtrise des outils multimédias (vidéo, imagerie de jeux vidéo tels GTA ou Call of Duty) et des réseaux sociaux familiers aux « digital natives ». En juin 2015, le ministère de la Défense français estimait à 2,8 millions le nombre de followers francophones de l’organisation terroriste, qui crache 40 000 tweets en français par jour (1). 

     

    Quand on vous dit que le téléphone portable est un gadget de destruction massive. Aux dernières nouvelles, on redoute l’usage d’armes chimiques et bactériologiques par les djihadistes en Europe. Et pourquoi pas, puisque chacun peut, grâce aux progrès technologiques, fabriquer ses bactéries et virus de synthèse dans son garage, avec des modèles en open access sur le web ? Ayant exterminé un maximum de mécréants et succombé au combat, ils comptent jouir de leurs prérogatives de « martyrs » au paradis. 

     

    Le paradis des transhumanistes, c’est l’immortalité et la surpuissance sur terre. Pour y parvenir, ils comptent eux aussi sur la technologie, qui est à la fois leur coran et leur arme de destruction massive : nanotechnologies, biotechnologies, informatique, neurotechnologies. Hyperconnexion, modèles prédictifs, big data, «planète intelligente», implants corporels électroniques. 

     

    Êtres vivants, nous sommes mortels et sexués. Deux caractères insupportables aux ennemis du corps, le substrat biologique de nos vies de mammifères. Les uns n’ont de cesse de le voiler, de le bâillonner («ceux qui chantent et qui aiment la musique seront transformés en singes et en porcs», enseigne l’imam de la mosquée Sunna de Brest aux enfants – 183 000 fans sur Facebook), de dénoncer en lui le lieu de la perversité à éradiquer, s’acharnant sur celui de la femme ou de leurs ennemis avec une cruauté sans limite. Les autres n’en parlent qu’en termes d’imperfection, de faiblesse, de défaillance, et s’activent à lui substituer des artefacts plus fiables et performants : parfaits. « Nos corps seront entourés d’une multitude de capteurs dissimulés dans les objets du quotidien, qui traqueront l’irrégularité d’une palpitation, l’anormalité d’un mouvement. Ces corps seront auscultés et diagnostiqués à distance, on anticipera leurs défaillances grâce à l’analyse des millions de données collectées sur smartphones et objets connectés.» C’est ainsi que Libération vend son forum « Mon corps connecté » du 28 novembre à Grenoble. 

     

    Contre ce corps trop humain, des  deux côtés, ils se rêvent en surhommes modifiés par  la technologie. Les survivants des tueries djihadistes décrivent des assassins déshumanisés, au calme et au sourire robotiques. Leur comportement semble dû au Captagon, une pilule de fénéthylline destinée à leur donner un sentiment de toute-puissance, une résistance à la fatigue et une vigilance accrue (2). Cette même amélioration des performances recherchée pas les transhumanistes militant pour la dérégulation de l’usage des drogues psychoactives au nom dela «liberté cognitive». Parmi eux, Anders Sandberg revendique la prise de modafinil (une autre molécule destinée aux narcoleptiques) pour augmenter ses capacités cognitives. Mais, diront les niaiseux 2.0, la technologie est neutre et tout dépend de ses usages. Il doit y avoir moyen de devenir supérieur sans faire des autres des inférieurs. En théorie, au moins. 

     

    Égorgeurs et massacreurs de l’Etat islamique ne se reconnaissent en aucune figure humaine autre que celle, fantasmée, du pur croyant. Les impurs étant voués au néant. Apôtres du cyborg et de l’«homme augmenté» aspirent à une séparation des espèces, sur-hommes-machines versus sous-hommes-chimpanzés. Les inférieurs étant voués à disparaître. 

     

    Exterminer froidement des inconnus ou prétendre faire espèce à part, c’est toujours nier l’appartenance à un même genre humain. Dans les deux cas, c’est par la toute-puissance, terroriste ou techno-totalitaire, que djihadistes et transhumanistes prétendent soumettre les humains. Ils ne nous laissent aucun choix – sinon, bien sûr, la soumission ou l’extinction.

     

     

     

    La machinisation du monde et l’évincement de l’homme ne sont pas des lubies de luddites. Elles se constatent chaque jour, quand la connexion avec «le monde» remplace l’attention à son voisin; quand les SMS et les «émoticônes» remplacent le langage, la conversation et ses codes; quand Internet, GPS et portable supplantent la mémoire, l’autonomie intellectuelle et pratique; quand les machines virent de leur travail une part croissante d’humains. Ce n’est pas rien, d’ignorer son prochain, de ne pas savoir s’exprimer, d’être étranger au monde sans ses interfaces électroniques, de confier à des robots des tâches qui nous inscrivaient dans un lien social  réel. Détruire les fondements de notre humanité, de notre condition d’animaux politiques, c’est faire place aux pulsions, au nihilisme, à la haine de soi et au ressentiment. 

     

     

    ***

     

     

    Également ennemis du hasard qui fait la vie – celle des êtres vivants créés par l’évolution, mais aussi la vie vivante car imprévisible des humains – les uns lui substituent les desseins indiscutables de Dieu, les autres la programmation automatisée, la standardisation technologique. Si leur haine de l’humain a trouvé deux débouchés, deux niches politiques, elle s’appuie sur une commune idéologie : l’anti-humanisme, ce nihilisme de la fin du Xxe siècle. Or cette idéologie envahit les milieux  intellectuels, universitaires, médiatiques et militants depuis que la French Theory en a hissé l’étendard. 

     

    Quelle est leur idée ? « Il n’y a pas à s’émouvoir particulièrement de la fin de l’homme », assène Foucault. Et d’ailleurs, « il y a des Devenirs non humains de l’homme » (3), selon Deleuze et Guattari, qui prônent l’abandon de « l’illusion du moi » pour un « corps sans organes » fait d’agencements et de machines. Il faut « déloger tous les concepts métaphysiques », ajoute Derrida. C’est-à-dire ceux « d’âme, de vie, de valeur, de choix et de mémoire », qui distinguent l’homme de la machine (4). 

     

    Les postmodernes ont liquidé le personnage littéraire, l’auteur, le sens, la langue, l’Histoire, le sujet et l’individu. Rien de tout cela n’existe. Conformément à l’idéologie cybernétique qu’ils ont adoptée avec enthousiasme, toute réalité se réduit à la pure information, au code et aux structures. À des dispositifs machinaux. Leur bombe à neutrons conceptuelle a éradiqué l’humain et ouvert la voie à un homme-machine coupé du monde réel (qui n’existe pas), de l’Histoire et de ses congénères. Leurs épigones, dont les essais, tribunes et autres interventions saturent à bas bruit la pensée contemporaine, poursuivent l’entreprise de démolition – de déconstruction. Après Peter Sloterdijk présentant l’humanisme comme une forme de narcissisme (5), Raphaël Liogier, l’auteur du Mythe de l’islamisation, renchérit, dans un séminaire sur le transhumanisme :  « c’est un peu narcissique de penser que le meilleur, l’absolu, l’idéal, c’est l’homme tel qu’il existe aujourd’hui (...). Qui le dit ? à part cet homme-là, justement, qui a tellement peur de changer et qui, pour ça, a besoin de se rétracter ? On pourrait dire que c’est une forme d’équivalent du nationalisme, on se rétracte sur son identité, mais là, c’est son identité corporelle. » (6) 

     

    Ce ne serait pas un peu raciste, de revendiquer son humanité à seulement deux pattes, deux bras, vision strictement diurne et peur de la mort ? Vous ne seriez pas cyborgophobes, à refuser que des ingénieurs greffent une mémoire sur silicium à des gens-tes, si ça leur plaît ?

     

    Ne plus se sentir partie prise de l'Histoire, ni de la nature ni du monde, ce n'est plus être humain. En détruisant le sujet universel, pour lui substituer le seul particulier, le micro, divisible à l’infini, le courant postmoderne conforte et légitime le mouvement  d'artificialisation qui nous coupe du monde réel, des autres et de nous-mêmes.  L'expérience sensible du monde est remplacée par sa mise en chiffres. Tout s'abstrait, tout s'éloigne. Et si rien n’est vrai, alors tout est permis. 

     

    Ayant répandu et professé avec une mauvaise joie la haine de soi, un soi plus haïssable encore s’il est occidental, ces prêcheurs du rien ont désarmé les individus des temps postmodernes. Ils les ont amputés des idées qui les aideraient à combattre l’idéologie inhumaine, de Daesh ou de la Silicon Valley. Au nom de quoi défendre encore le genre humain ? Et d’ailleurs, pourquoi discuter ? « Avec le nihilisme pas de discussion possible. Car le nihiliste logique doute que son interlocuteur existe, et n’est pas bien sûr d’exister lui-même. À son point de vue, il est possible qu’il ne soit lui-même qu’une "conception de son esprit".» (7) Quel dead white European male, ce Victor Hugo. Encore un humanocentré. 

     

    Afin de nous aider à n’être plus qu’une « conception de [notre] esprit », Foucault a édicté ses fatwas, notamment la « destruction du sujet comme pseudo-souverain (c’est-à-dire par l’attaque culturelle) : suppression des tabous, des limitations et des partages sexuels; pratique de l’existence communautaire; désinhibition à l’égard de la drogue; rupture de tous les interdits et de toutes les fermetures par quoi se reconstitue et se reconduit l’individualité normative » (8). 

     

    Un tel programme doit parvenir à détruire l’individualité de tout humain, effaçant entre autres les repères liés aux limites et à l’apprentissage de la finitude. Si le pseudo-calife Al-Baghdadi n’a pas lu Foucault, quelqu’un devrait lui en parler. Peut-être connaît-il les élucubrations du philosophe hexagon sur la révolution islamique iranienne et son chef, l’ayatollah Khomeyni ? 

     

    Voyons comment le dénigreur de « l’humanisme [qui] implique de toute façon "mollesse"» appréciait cette arrivée au pouvoir des mollahs : « C'est l'insurrection d'hommes aux mains nues qui veulent soulever le poids formidable qui pèse sur chacun de nous, mais, plus particulièrement sur eux, ces laboureurs du pétrole, ces paysans aux frontières des empires : le poids de l'ordre du monde entier. C'est peut-être la première grande insurrection contre les systèmes planétaires, la forme la plus moderne de la révolte et la plus folle. » Mais aussi, parlant d’un imam qui fomentait la création d’un Etat islamique : « il n'y aura pas de parti de Khomeyni, il n'y aura pas de gouvernement Khomeyni » (9). 

     

    Même un avocat aussi dévoué qu’Olivier Roy doit le reconnaître : « ce que Foucault ne voit pas, c’est l’islamisme, c’est-à-dire la relecture du religieux en termes d’idéologie politique, laquelle réinsère la révolution iranienne dans une tradition révolutionnaire plus large et cette fois bien millénariste.» (10)

     

    Ce n’est pas de la naïveté, mais de l’idéologie : en relativiste ennemi de l’universalisme, Foucault prétend que les Iraniens n’ont pas « le même régime de vérité que nous ». Les démocrates, les anarchistes, les féministes, les laïcs iraniens ont payé de leur sang ce « droit à la différence » généreusement reconnu par les contempteurs de « l’universel abstrait ». Ils goûtent aussi sûrement la postérité de ces fulgurances, colportées par les relativistes d’aujourd’hui :  « Dans la mesure où la révolution iranienne a exprimé un profond rejet du marché mondial, elle pourrait être considérée comme la première révolution postmoderne. » (11) La mollahcratie iranienne ennemie du marché mondial, prévenez vite Attac ! 

     

    Voilà qui résonne en écho à ces multitudes d’explications en forme d’excuses pour les massacreurs de Daesh, supposés se révolter contre leur sort de dominés. Qu’importe si les biographies des tueurs de Paris (et de tant d’autres) démentent cette fiction puisque pour nos postmodernes la réalité n’existe pas – il n’y a que des points de vue. Les leurs, de préférence. 

     

    Quant à nous, Pièces et main d’œuvre, nous restons aux côtés des démocrates arabes, des laïcs arabes, des athées et des humanistes arabes abominablement trahis par leurs homologues français; et que leur héroïque défense des valeurs universelles de liberté et de justice désigne à la terreur. Nous méprisons cette prétendue gauche hexagone, essentialiste et raciste, qui instrumentalise depuis des lustres « les minorités » pour ses propres fins politicardes et renvoie les réfractaires issus de l’immigration à leurs prétendues « identité » et « communauté » musulmanes. 

     

    Cependant le nihilisme a une histoire. Sans remonter à ses premières manifestations en Russie, le nihilisme du début du XXIe siècle se répand dans un monde-machine, devenu hostile à l’humain. Demandez aux scientifiques, aux ingénieurs et aux technocrates ce qu’ils ont fait des paysans, des ouvriers, des employés, et maintenant des professions intellectuelles, tous remplacés par des robots, des automates, des logiciels moins coûteux et plus efficaces. « L’homme est plus petit que lui-même », écrit Günter Anders. Avec le nucléaire, la cybernétique, puis la robotique et les technologies convergentes, la recherche & développement a fait de l’homme une créature inférieure à sa propre création. Contrairement à Foucault, le philosophe allemand défendait la dignité de l'homme et s'inquiétait de sa possible disparition. Il en faut, du courage et de la vitalité, pour croire encore en l’animal politique sous la tyrannie technologique. Les esprits lâches et tordus préfèrent s’apparier à la machine afin de partager sa puissance.

     

    If you can’t beat them, join them. Le transhumanisme n’est rien qu’une fuite devant l’obsolescence de l’homme. Ce progrès justifie tout projet d’anéantissement des humains. Le djihadisme, qui proclame la primauté de la foi et des valeurs théocratiques, ne détruit pas les machines, la puissance matérielle, mais assassine les hommes et leurs statues, ces non-sujets négligeables. 

     

    Quand le chaos commence à secouer le monde – catastrophe climatique, pollutions multiples, guerres pour les ressources – les rats quittent la cause perdue de l'homme. Ils se réfugient dans une projection machinique – le cyborg, ou dans une vision millénariste, apocalyptique – le djihad. Loin d’agir en hommes, ils s’abandonnent à leurs instincts et pulsions de mort. 

     

     

    ***

     


    Djihadistes et transhumanistes mobilisent le nihilisme sécrété par le capitalisme hypertechnologique, dont ils sont à la fois les produits et les promoteurs. Connectés, communicants, nomades, experts des technologies de pointe et des réseaux économiques mondialisés, ils sont aussi fluides, déterritorialisés et interchangeables les uns que les autres. 

     

    On nous le reproche assez à nous, PMO : nous ne voulons ni transformer le monde, ni changer la vie et encore moins liquider le vieil homme pour faire advenir l’Homme Nouveau. Nous voudrions juste sauver ce qu’il reste de ce monde, de cette vie, de cet homme, qui furent quelquefois si dignes d’amour et si prodigues d’allégresse. Nous voyons bien qu’il est de moins en moins possible de demander aux autres, aux jeunes notamment, de combattre pour ce passé résiduel, irrémédiablement dégradé, mais c’est du passé que nous venons et c’est avec lui que nous passerons. 

     

    Non seulement nous n’avons pas de « projet », mais nous les refusons tous, parce que tous également démentiels et mortifères. Nous n’avons que des rejets. Ce qui fut assez bon pour nos ancêtres le serait aussi pour nous mais nous n’aurons pas cette chance. La politique de la terre brûlée nous a arrachés de nos paysages, avec leurs animaux et leurs peuplades pour nous laisser un dépotoir planétaire, empoisonné et jonché de déchets nucléaires, grillant à la vitesse de l’incendie industriel. Le passé avait ses noirceurs, ses pestes, ses guerres et ses famines. Il avait aussi ce qu’on nous a volé, l’ailleurs et l’avenir. Il reste la noirceur. Une fois de plus, il faut prévoir le pire et combattre pour le meilleur. Face aux totalitarismes, islamique ou technologique, nous maintenons notre idée de l’homme. Tant pis si nous restons les derniers animaux politiques, soumis au hasard et capables de choix libres et réfléchis. Nous ne pouvons, ni ne voulons, être autre chose. Contre les inhumains d’avenir machinal, nous restons des humains, faillibles et perfectibles, d’origine animale. 

     

    En attendant de recevoir un beuglement par Twitter « Je ne suis pas Bataclan (et je t’emmerde) », de lire sur le net le témoignage d’un aigri, « Pas raciste le Bataclan ? Si vous le dites...» ou d’être gratifiés de la prochaine illumination d’Emmanuel Todd, « J’irai cracher sur vos tombes » : pensons. 

     

    Les sympathiques « résistants » de novembre 2015 qui boivent des bières en terrasse, troquent leurs capacités de réflexion contre des boutades. Va iéch Daesh. Tweet reçu 5 sur 5 à Raqqa et à Saint-Denis. C’est tout-de-même génial, d’insulter son ennemi en direct. Toi-même. 

     

    À part ça, qui, à la terrasse, est volontaire pour une prise de tête? Nous avons le devoir de penser la modernité héritée des Lumières : revendiquer l'émancipation, refuser le nihilisme. Défendre la raison sensible, combattre la déraison technicienne. Préserver la culture, refuser la toute-puissance divine et démiurgique. Choisir Eros contre Thanatos. 

     

    Face aux massacres djihadistes et aux progrès du techno-totalitarisme, nous redécouvrons une vérité oubliée : devenir et rester humain exige une volonté, des efforts, une application de chaque jour. « Le repos et la liberté me paraissent incompatibles ; il faut opter » (Rousseau) (12). D’autres l’ont su avant nous et nous  l’avaient enseigné. Mais il n’y plus de temps pour Cicéron, Aristote, Montaigne, Camus et la lignée des penseurs humains, dans des programmes scolaires inculquant dès le plus jeune âge le codage informatique et l’identité numérique. 

     

    Apprendre à devenir homme, c’est précisément l’objet des humanités. Puisque l’école nous prive des armes intellectuelles pour rester humains, nous devons les forger nous-mêmes. Lire et comprendre l’histoire, la philosophie, les langues anciennes, les lettres. La faculté d’articuler les raisonnements en mots, de comprendre l’implicite d’un discours, de percevoir l’humour, distingue les humains des inhumains – machines, hommes-machines, robots-tueurs. C’est ainsi que les défenseurs de l’humain doivent élever leurs enfants et s’élever eux-mêmes. Pour le résumer avec les humanistes de l’Antiquité : prendre soin des mots pour prendre soin de la cité. 

     

    Obscurantistes massacreurs et fanatiques de l’homme-machine nous menacent également – les uns immédiatement : c’est l’histoire événementielle qui vient de nous frapper. Les autres continûment : c’est l’histoire de longue durée qui façonne nos sociétés au fil des décennies, les broie et les entrechoque. Le rapport entre ces deux histoires, c’est le travail souterrain de la longue durée qui crée les conditions et provoque soudain l’irruption de l’événement. Les techno-furieux nous renvoient aux enfers moyennâgeux quand nous refusons le « corps connecté » du forum Libération, la « smart city » et les simulacres de vie numériques. Les terroristes islamistes nous promettent la mort et leur enfer pyrotechnique pour châtiment du matérialisme et des mœurs des sociétés contemporaines. Nous sommes, simples humains, les cibles et l’ennemi des uns comme des autres. 

     

    L’imaginaire anti-humaniste dégorge de récits et d’images choc. Films, bandes dessinées, jeux video, romans de science-fiction ont imposé son hégémonie culturelle. Les cyborgs et les tueurs en série, psychopathes ou islamo-fascistes, nous sont plus familiers que les humains ordinaires, imparfaits, courageux, drôles et désirables qui nous entourent. Nous qui refusons la charia et le techno-totalitarisme, nous sommes la majorité immense et muette. Il ne tient qu’à nous de prendre la parole, de forger nos arguments et de répandre nos idées, nos motifs de rester humains.

     

     

    Pièces et main d’œuvre

    Grenoble, le 24 novembre 2015

     


    Notes


    (1) www.lemonde.fr/proche-orient/article/2015/06/01/l-etat-islamique-compte-2-8-millions-de-francophones-sur-twitter_4645047_3218.html

    (2) www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/20151116.OBS9569/qu-est-ce-que-le-captagon-la-drogue-des-djihadistes.html

    (3) Mille Plateaux

    (4) Cf. Céline Lafontaine, L’empire cybernétique, des machines à penser à la pensée machine (Seuil, 2004)

    (5) Cf. L’Heure du crime et le temps de l’œuvre d’art (2000), cité in Céline Lafontaine, op. cité

    (6) Collège international de philosophie, 2015

    (7) V. Hugo, Les Misérables

    (8) Dits et écrits, I.

    (9) Corriere della sera, 26 novembre 1978

    (10) Vacarmes, oct. 2004

    (11) T. Negri et M. Hardt, cités in www.lemonde.fr/idees/article/2015/05/08/cette-gauche-qui-n-ose-pas-critiquer-l-islam_4630280_3232.html#wC9rkdCaC5gimJMI.99

    (12) J.J Rousseau, Considérations sur le gouvernement de Pologne

    Date de création: 2015-12-29 | Date de modification: 2015-12-31

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    Date de création:
    2015-12-29
    Dernière modification:
    2015-12-31

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     Ce texte fait partie d'une série d'articles regroupés sous le titre général de Quatre articles convergeant vers la critique du narcissisme.Aux origines de la dé...
    Comment faire en sorte que nos écoles forment des êtres vivants? Comment éduquer pour la vie? En éduquant par la vie.Ce qu'a fait le fondateur du collège de la Pocati...
    Par Jean Onimus « Enthousiasme, Oh! mot aux grandes ailes, mot affolant qui fait battre le cœur à grands coups, mot qui enlève, exalte, emporte, arrache vers les é...
    Esthétique et education réflexion à partir de l’éducation esthétique de Schillerpar Chantal LapointePremière partie« L’utilité est la...
    Frédéric Back ou la vie plus forte que l’envie, par Jacques Dufresne Mort de notre ami Frédéric Back, la veille de Noël 2013, juste avant une fête semblabl...
     BACHELARD, UNE ANTHROPOLOGIE DE L’HOMME INTEGRAL  par Jean-Jacques Wunenburger *Quand les nombres et les figuresNe seront plus la clef de toute créature,Quand, par les cha...
    Joseph Weizenbaum (né à Berlin le 8 janvier 1923 et mort à Berlin le 5 mars 2008) est un informaticien germano-américain. Il fut professeur émérite d'informat...
     par Hélène Laberge « En matière d'art, l'érudition est une sorte de défaite : elle éclaire ce qui n'est point le plus délicat, elle ap...
    « L'homme, exilé sur la terre, est maintenant exilé de la terre ».G.T.En 1998, je publiais Après l'homme le cyborg? C'était un cri d'indignation accompagn&eacut...
    Quel est la responsabilité du géographe dans l’éloignement de l’homme par rapport à la terre, un éloignement créateur d’indifférence ...
    «Un jour comme celui-ci, je prends conscience de ce que je vous ai dit en cent occasions – que le monde est très bien comme il est. Ce qui ne va pas, c’est notre manièr...
    La Ferme Berthe-RousseauPour vous y rendre (1), faites très attention à l'écriteau indiquant Moulin de la laine, tout de suite à droite vous traversez un petit pont de bois...
    Naissance de la musiqueLa musique n'a plus de frontières. Orphée ne chantent plus seulement pour Euridyce, il charme tous les hommes. Ceci grâce aux progrès accomplis dans l...
    «Un bon esprit doit ressembler à une broussaille plutôt qu'à un herbier.» AlainExiste-il une vie intellectuelle? Pas au sens d’occupation, de travail, d’act...
    Voici un texte essentiel sur cette vie subjective, que nous appelons souvent la vie comme qualité sur ce site.« La vie subjective d'un côté, la réalité physique...
     L’art d’imiter la natureLe biomimétismeAndrée Mathieu et Moana LebelÉditions MultiMondes, 2015Commentaire de Jacques DufresneSi vous aviez cherché biomim&...
    Pierre Bertrand, philosophe québécois prolifique est l’invité de la Compagnie des philosophes à sa rencontre du dimanche 1er février 2015. Nous profitons de l&...
     Certains articles de journaux, rares il est vrai, sont des événements qui marquent un tournant de l’histoire ou un changement de mentalité. C’est le cas de l&rsq...
    par Jacques Grand'Maison« Si le mot que tu veux ajouter n'est pas plus beau que le silence, retiens-le », disait un mystique soufiste.Présence et silence s'appellent l'un l'autre. S...
    Nous étions amis, nous avions vingt ans, nous avions lu Nietzsche, nous étions implacables. Le conférencier devant nous, sûr de posséder la vérité, plus...
    Notre dossier de la rentrée La radicalité consiste à remonter jusqu’à la racine d’un mal pour en trouver le remède, l’extrémisme (comme...
     Deathist. C’est le mot que le Ésope du transhumanisme, le suédois Nick Bostrom, utilise pour fustiger ceux qui de Socrate à Rilke ont fait de la mort une alliée...
    UN SIÈCLE DE PENSÉES CONVERGENTESC’est le climat qui est le sujet de la conférence de Paris et c’est la question de la limite qui en sera l’enjeu principal : lim...
    Pays, paysan, paysage Suite aux élections québécoises du 7 avril dernier, marquée par la défaite du Parti québécois et de son projet souverainiste...
    PENSER LA SCIENCE L’analyse du rôle joué par la science dans la société contemporainepar Ber...
    Crise économique, réchauffement climatique, événements extrêmes, pic pétrolier, pic de la plupart des métaux. Suivrons-nous le conseil de Sén&egr...
    La question du rythme que nous abordons ici est complexe et peut conduire à des excès, ce dont il faut être bien conscient. Nous nous limitons ici à une introduction dans le...
    Ne pas confondre avec signes vitaux. Quand une personne nous donne signe de vie, elle ne nous décline pas l'état de ses signes vitaux : température, pouls, respiration et pression...
    Cet article de Françcois Tremblay sur l'art naîf et sur l'oeuvre de Solange Hubert, a d'abord paru dans MAGAZINART, été/automne 2011.« Art naïf, art populaire, ar...
     Les idéologies du sportpar Gabor Csepregi               Gabor Csepregi, athlète et philosophe, est l’aut...
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    Au moment oû les hommes considéraient la terre comme un lieu de passage, ils y construisaient pour l'éternité; ils l'ont transformée en terrain de camping à p...
    L’automobile est rarement un objet de réflexion, même si elle occupe dans nos vies et sur notre planète une place démesurée. Réfléchir sur une cho...

    L'emmachination

    Quel est, se demandait René Dubos, l'envers de cette extraordinaire adaptabilité qui est pour les humains un avantage indiscutable par rapport aux autres espèces? Il y a, ré...
    La toxine botulique ou botox est produite par la bactérie Clostridium botulinum laquelle est une molécule paralysante et le plus puissant poison connu à ce jour. Les ophtalmologis...
    Désincarnation. Ce mal indolore, invisible et silencieux résulte de la montée du formalisme dans une civilisation ou une personne. L’accès à la propriét...
    L'emmachination est le fait, pour un être vivant de s'assimiler à la machine. Pour ce qui est de l'être humain, elle est le contraire de l'incarnation. L'incarnation est la tendance...
    Google vient d’adhérer au transhumanisme. Faut-il s’en étonner? Son siège social est voisin de la Singularity University fondée par Ray Kurzweil.La dénat...
    Humanisé par votre portable?Par Jacques DufresneIl porte trois noms en français. Vous l’appellerez cellulaire si vous avez le sentiment qu'il vous enferme dans une cellule, mobile ...
     Les insectes dans l'Encyclopédie de l'AgoraLe point sur le déclin des insectes
     L’euthanasie et la PMA en contexte Relier pour comprendre On peut certes isoler une plante et l’étudier en laboratoire, mais on ne la connaîtra complète...
    La PMA ou la médecine sans limitesPar Jacques Dufresne Ovules importés des États-Unis par catalogue, mère porteuse sollicitée en l’absence de tout encadre...
    Dans la perspective de ce portail Homo Vivens, le chiffre et l'argent sont indissociables. Ce sont des signes dont l'importance croissante, démesurée, réduisent l'homme et ses sen...
    Stéphane StapinskyLe texte suivant, extrait d’un document intitulé  « Trois jours chez les transhumanistes » produit par l’équipe du site Pi...
    Tout le monde, ou presque, emploie maintenant les mots conscience et intelligence aussi bien à propos des ordinateurs que des humains et en tenant pour acquis qu'il s’agit des mêmes...
    On a accès à un nombre croissant de nouvelles devant lesquelles on se demande comment les évoquer, pour les critiquer, sans obtenir l\'effet contraire : qu'on en parle davantage d...
     La médicalisation est la prise en charge systèmatique de la santé des gens par des experts appartenant à la profession médicale.Ce phénomène aujo...
    De hatsu premier son et miku futur, Hatsune Miku est une chanteuse ayant toutes les caractéristiques d'une diva sauf une : la vie. Elle est un hybride composé d'une voix synthétiq...

    La robotorie

    Dans l'état actuel des choses, en janvier 2012, nous nous opposons énergiquement au déploiement d'un réseau de compteurs d'électricité ''intelligents'' au Qu&...
    En 1965, dans le cadre des Rencontres internationales de Genève, eut lieu un colloque mémorable intitulé Le robot, la bête et l'homme. Entre autres, Jacques Monod, Ernest An...
    Par analogie avec animalerie et ménagerie. L'animalerie évoque l'entière soumission de l'animal à l'homme, elle est cette antichambre du laboratoire où les animaux u...

    La nouvelle espèce

    Ce livre, paru en 1999, est l'une des premières réflexions en langue française sur cette question du posthumanisme devenue depuis un sujet majeur. Il a été éc...
    Article de l'Encyclopédie de DiderotAUTOMATE, s. m. (Méchaniq.) engin qui se meut de lui-même, ou machine qui porte en elle le principe de son mouvement.Ce mot est grec αὐτόμ...
    De nombreux scientifiques, dont plusieurs sont à l’origine de l’ordinateur et d’Internet, ont tantôt réclamé, tantôt proclamé l’av&egrav...
    Pour une vue d'ensemble de la question, nous vous invitons à consulter le dossier eugénisme de l'Encyclopédie de l'Agora.On a cru un moment, en Occident du moins, que l'eugé...
    Crise économique, réchauffement climatique, événements extrêmes, pic pétrolier, pic de l'or, pic du cuivre, pic du fer... Face à ces limites, le d&eacut...
    L’IA (intelligence artificielle) et le transhumanisme forme un couple solide. On imagine mal un transhumaniste qui ne serait pas aussi un inconditionnel de l’IA; quant aux spécialis...
    Les Jeux Olympiques dans l'Antiquité (Pierre de Coubertin, 1863-1937)«Il est probable que la création des Jeux Olympiques fut due aux Pisates, premiers possesseurs de la vallée de l'Alphée. Mais les O...
    Voici un texte écrit en 1995 qui éclaire de façon singulière les questions que nous soulevons dans ce portail Homovivens.« Progrès accéléré...
    Plus l'humain ressemble au robot plus il se reconnâit en lui; ce qui aide à comprendre pourquoi une comparaison entre l'homme et le robot qui aurait provoqué l'indignation de Berna...
    Nos rites funéraires sont en crise, il y a de moins en moins d’inhumation, de plus en plus de crémation, les cérémonies de funérailles, quand il y en a, ont pa...
    Nous retenons ici les deux principaux sens que le FLF donne au mot anticipation« A.− [L'anticipation concerne une action] Réalisation de cette action avant le moment attendu ou pr&e...
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    Dans l’histoire des ordinateurs, le mathématicien anglais Alan Turing a joué un rôle de premier plan. On lui doit notamment la machine qui porte son nom. Il s’agit d&rs...
    Le concept de posthumanisme est encore flou. Pour le moment chacun peut lui donner le sens opposé à celui qu'il donne au mot humanisme, ce qui nous autorise à prendre notre propre...
    Selon Ray Kurzwei, avec l'avènement de l'ordinateur, l'homme se précipite vers un nouveau big bang programmé pour éclater en 2045. Il a même donné un nom &agra...
    Der Spiegel en guerre contre la Silicon ValleyLa vallée de l’avenir…de l’humanité?¿Quién manda en el mundo? Qui commande,1 qui commandera dans le monde, ...
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